Après la guerre, il se marie, vit le long du Rhône à
Vernaison au sud de
Lyon et peint plus qu’il écrit. Il côtoie les gens simples qui lui inspirent plusieurs romans comme
Pirates du Rhône ou
La Guinguette et le
Rhône, ce fleuve qui est aussi pour lui un '
personnage' qui peut être calme ou traitre, mais qui pique aussi de terribles colères comme dans
La Révolte à deux sous ou
Le Seigneur du fleuve. Peu à peu, il a délaissé la toile pour les mots.
Vernaison, la vie de famille, la société de sauvetage, son travail de salarié, la charge est énorme : le piège pour un écrivain.
Bernard Clavel se qualifie lui-même de «
menteur-né », ne sachant vraiment plus la part de biographie dans son œuvre et cite
Albert Camus : «
Les œuvres d’un homme retracent souvent l’histoire de ses nostalgies ou de ses tentations, presque jamais sa propre histoire. »
Quand on lui parle du
Rhône,
[2] le défenseur de la nature s’insurge contre «
les massacreurs de la nature qui, prédit-il, seront à long terme vaincus.»
Bernard Clavel connaissait bien 'le prix du temps', écrivant «
une
pièce radiophonique par semaine, un roman par an, des émissions sur les
disques et les livres, des articles pour des revues comme Résonances… »
Telles sont ses 'années lyonnaises' de 1957 à 1964,
quai Romain Rolland puis
cours de la Liberté. Sa culture s’est forgée pendant ces années : «
Tout
est dans le tempérament mais tout vient aussi des rencontres, de ce que
la pratique des métiers et le côtoiement des êtres vous apportent. » «
Être romancier, dit-il, c’est porter en soi un monde, et c’est vivre en ce monde beaucoup plus qu’en celui qui vous entoure. » Malgré sa puissance de travail,
Bernard Clavel plonge dans la dépression et il faudra l’intervention de son éditeur
Robert Laffont pour qu’il arrive à tourner la page.
Le parc Bernard Clavel a été inauguré en octobre 2011 en bordure de Rhône sur la commune de
Vernaison. (voir le
site Vernaison)

Vues de Chelles (77) et de Brunoy (91) que Clavel a habitées 5 ans
Rupture, «
l’éternel vagabond » s’installe dans la région parisienne à
Chelles de 1964 à 1969, puis à
Brunoy. S’il reste fidèle au stylo plume et au papier, le cinéma s’intéresse à lui et achète les droits de
Qui m'emporte, et de
Le Voyage du père.
Terrible déception. Il ne reconnaît rien de ses romans et préférera
désormais les adaptations télévisées auxquelles il participe, et la
première,
L'Espagnol, réalisé en deux parties par
Jean Prat
et diffusé en 1967, est un gros succès. Parfois même, ses romans
rejoignent la réalité, une réalité qu’il apprend bien sûr après coup :
il en donne quelques exemples à propos de
L'Hercule sur la place ou
L'Espagnol. Sans doute écrit-il d’abord pour exorciser la mort. Il confesse : «
Finalement, je me demande si l’on ne crée pas avant tout pour se survivre ». Et puis, il y eut 1968, pas mai 68, mais la consécration :
prix Goncourt surtout, mais aussi
grand prix de la ville de Paris et
prix Jean Macé. À la question classique, «
Pourquoi écrivez-vous », il répond : «
Écrit-on jamais pour autre chose que pour aller au fond de soi ? » (
p. 123)
Retour au bercail : il s’installe dans la
maison des abbesses à
Château-Chalon près de
Lons-le-Saunier où se déroule l’action de
Le Silence des armes.
[5] C’est l’époque où il écrit
Le Seigneur du fleuve,
Tiennot,
Le Silence des armes et
Lettre à un képi blanc. Avec ses deux derniers livres, c’est l’époque de la polémique, au côté des objecteurs de conscience, «
j’estime, dit-il, que je n’ai pas le droit de cesser de me battre pour que la justice et la paix s’imposent ». S’il n’a aucun message à transmettre, il ne peut non plus écrire « une œuvre dégagée ». Il se veut comme son ami
Roland Dorgelès «
anarchiste chrétien ».
Vue de Morges
Sa nouvelle vie laisse augurer une grande stabilité, mais c’est le contraire qui se produit : début 1978, il s’installe au
Québec avec
Josette Pratte,
Montréal, puis
Saint-Télesphore, «
je suis un homme d’hiver » dit-il, saison à laquelle il consacrera un album en 2005. Il revient en France à Paris, puis chez un ami à
Bruxelles, le
Portugal où il écrit
Marie bon pain, Paris de nouveau chez des amis pour écrire
La Bourrelle. Le périple se poursuit en 1979 dans une ferme du Doubs qu’il quitte en 1981 pour s’installer à
Morges en Suisse sur les bords du
lac Léman, renouer avec «
La lumière du lac », là où en 1985 ce livre a été élaboré (avant de partir en
Irlande).
Bernard Clavel se défend d’écrire des romans historiques -
Les Colonnes du ciel sont
faits de héros 'modernes' et l’histoire aurait pu se dérouler à notre
époque, ou de mélanger réalité et fiction. Il précise : «
J’ai fini
par acquérir la conviction profonde qu’il y a pour l’artiste un droit
absolu d’adhérer de plus près à son œuvre qu’aux êtres qui l’entourent. »
Cette fois, il ne s’agit plus d’une simple rupture, c’est un second
souffle, un homme résolument tourné vers l’avenir ; il a rencontré
Josette Pratte,
« un grand amour avec qui j’ai des échanges constants ». Quand on lui
reproche un certain égoïsme, il répond que le métier d’écrivain est
fatalement une longue solitude. Il parle de
Harricana, cette rivière du
Québec qui coule dans
Le Royaume du Nord des gens qu’il a rencontrés, qui sont devenus personnages, recomposés par son imaginaire. Et il conclut : «
Vous voyez : une fois de plus, je n’ai rien inventé et j’ai tout inventé ».
Et s’il ne pouvait plus écrire, si on lui interdisait d’écrire, question cruciale : «
Je ne vous ai pas attendu pour me la poser, répond-il à Adeline Rivard,
il y a près d’un demi-siècle qu’elle me poursuit… » (Morges, février-juillet 1985)
2- Les petits bonheurs
Les Petits Bonheurs, Doon House hiver 6-87 – Vufflens-le-Château, mars 1999, Éditions Pocket 14/08/2001 – isbn 2-266-10364-4
À travers ce récit,
Bernard Clavel part à la rencontre de son enfance, de son passé. Il revoit ses terreurs d'enfant quand la
lampe Pigeon de la salle à manger «
n'éclairait jamais certains recoins d'où pouvaient bondir des ogres, des loups ou des monstres. » Frayeurs d'enfant qu'amplifie son imagination, visions d'animaux qui peupleront ses livres pour la jeunesse.
[3] Sa mère renforce cette tendance, elle qui «
appartenait au temps des veillées de contes populaires », née près de
Dole dans le
Jura où
Marcel Aymé devait rencontrer
La Vouivre. C'était leur univers, «
des personnages de contes… qui vivaient pour elle aussi bien que pour moi », un monde qu'il fera revivre dans ses livres sur les contes et légendes.
[4] «
Je sais, écrit-il, que c’est dans ces moments-là que sourd ce qui m’a nourri et m’a permis d’écrire ».
Vue de Dole
Il y décrit le travail de ces humbles artisans aux mains d’or,
Vincendon le luthier dont le père de
Bernard Clavel conservera religieusement les outils, le
père Seguin,
cordonnier à l’échoppe qui exhalait des odeurs enivrantes de colle qui
chauffait au bain-marie et des cuirs qui trempaient. Le jour où
Nini la fille des
Seguin, leur parle du Groenland,
Bernard Clavel se souvient : «
Dès ce jour, ce fut comme si j’avais commencé à préparer mon sac à dos ». Les souvenirs comme le départ sur le
Pourquoi pas ? du
commandant Charcot du fils Victor, se recomposent et se combinent pour déboucher un jour sur
L'Homme du Labrador. «
Par nature, par instinct, nous confie-t-il, je me sentais déjà du nord ». Bien sûr, dans ses souvenirs, on retrouve la tante
Léa et l’oncle
Charles, «
ce vieux baroudeur qui avait connu les campagnes d’Afrique et d’Extrême-Orient », héros de son roman
Quand j'étais capitaine.
Tous ces récits, la fin tragique de la mère
Magnin, les balades dans la vieille auto de la mère
Broquin,
les amis cheminots de son père, vont s’imprégner dans la mémoire du
jeune homme, ‘oubliés’, endormis mais qui alimenteront peu à peu son
imaginaire.
Bernard Clavel «
profitait de leurs propos ». Il vivait avec eux leur vie simple, parfois leurs aventures, «
c’est ainsi que je devais me rendre jusqu’à Istanbul dès l’âge de cinq ans à travers les récits d’un autre cheminot : le père Tonin ». Il lui suffisait d’un chêne étêté qui devenait navire de haute mer et il était «
tour à tour Christophe Colomb, Vasco de Gama ou Charcot »,
Robinson Crusoé parfois quand «
mon bateau se muait en île ».
Bruegel, 1562
Ce vieux chêne qu’il ne soumet à un sévère élagage que sur injonction de son père, a des airs de famille avec
L’Arbre qui chante.
C’est aussi cette absence de livres chez lui qui l’a marqué, et il se
demande « si tous les enfants qui ont vécu leurs jeunes années dans une
maison sans livres sont, comme je l’ai été, fascinés par la chose
imprimée ». Il gardera des impressions profondes, rémanentes, des
impressions de peintre avec ces reproductions de
Bosch et de
Pieter Bruegel dont ils retrouvent certains traits dans le visage de cette folle entrevue un jour en gare de
Chaussin.
En peinture, c’est sa tante Léa qui fut son initiatrice, l’aidant à
développer ses dons naturels pour le dessin, lui présentant
Delbosco, un voisin peintre.
Vue du lac Léman
À travers les menues distractions qui étaient autant de
petits bonheurs, la joie de l
a retraite aux flambeaux, titre d’un de ses romans, se dessine
L'Hercule sur la place qui doit ressembler à son oncle Paul, coiffeur à
Dole. Dole, la ville de sa mère où il allait voir la maison natale de
Pasteur et, sur le belvédère, admirer le panorama. Un jour de balade, il découvre, béat, le
lac Léman dont il écrira
Les Légendes. Nostalgie de l’almanach, nostalgie des textes de
Roland Dorgelès, «
des bonheurs d’enfants qui peuvent déboucher sur de belles joies d’homme », des extraits de
Maria Chapdelaine, «
de la neige, de la glace… nous parlions du Canada comme d’un paradis », avant-goût du
Le Royaume du Nord. Des quelques livres entrés parcimonieusement chez lui, il dira «
c’est d’eux que me vient l’essentiel de ce qui a nourri mes romans ».
Les souvenirs plus récents, c’est le temps de
La Grande Patience, l’apprentissage à
Dole chez un pâtissier «
qui était une brute », c’est le temps des années noires que son ami
Jean Guéhenno a si bien décrit dans son
Journal, la montée du nazisme et la guerre. «
Les hommes sérieux murmuraient, écrit-il. Tout ça ne sent pas bon. Ces nazis sont en train de nous préparer de grands malheurs ».
Les Grands Malheurs, titre de son dernier roman.
Les Petits Bonheurs, c’est tout ça, les
histoires, la vie quotidienne, les émotions qui l’ont marqué où l’on
retrouve toute son iconographie, c’est d’abord une incursion dans ce
qu’il appelait «
sa géographie sentimentale ».
3- Écrit sur la neige
Ce livre où Bernard Clavel égrène ses souvenirs, ce qui a fait sa vie et nourri son œuvre, est né d’une série d’interviews recueillis par le journaliste Maurice Chavardès.
Il y développe ses conceptions, disant qu'il écrit « pour communiquer
mes émotions à mes semblables et pour en provoquer le renouvellement, »
que ce métier requiert de la patience pour l'apprendre mais que « ne
deviendra romancier que celui qui est né romancier : c'est-à-dire celui
qui porte en lui un monde et le désir profond de l'animer. »

Brueghel :
La Tour de Babel
Il y évoque son enfance, son univers à
Lons-le-Saunier
avec ses parents, tout ce qui a disparu depuis, démoli, le jardin
bétonné, saccageant ses souvenirs, qu’il ressent comme une blessure. Il
revoit ces petits riens qui affleurent à sa mémoire comme la lampe
pigeon de sa mère. Il voudrait retrouver les crépuscules d’hiver, le
silence qui accompagne cette fuite de la lumière, «
il imprégnait les âmes et ce qui pénètre ainsi une âme d’enfant peut à jamais colorer l’existence d’un homme. » Il était alors un rêveur invétéré.
Il y eut d’abord la peinture, cadeau de la
tante Léa qui sera son initiatrice. Puis il rencontra à
Lons-le-Saunier près de chez lui
Roland Delbosco, un peintre-poète qui lui inocule le virus, lui fit découvrir le Rhône à
Vernaison où il s’établit pour plusieurs années. Le Rhône, ce fleuve qui hante nombre de ses romans, de
Pirates du Rhône jusqu’à
La Table du roi.
Vernaison [2]
est une étape essentielle, il s’y est marié, ses enfants y sont nés,
là-bas il s’est colleté à la peinture puis à l’écriture. Là-bas, il fait
la connaissance d’un amateur d’art
Louis Mouterde chez
qui il découvre la peinture de l’école lyonnaise. Ses goûts le portent
aussi vers les impressionnistes et la peinture hollandaise, pays où il
aime se rendre pour visiter les musées, surtout
Rembrandt et
Bruegel, le peintre qui l'a le plus marqué dans sa jeunesse.
Bernard Clavel n’aime pas évoquer le contexte de ses romans et des aspects biographiques qu’ils contiennent, «
Parler de moi m’agace très vite » dit-il. Sur le métier d’écrivain, ou plutôt ce que «
l’individu porte au plus secret de son être sensible », il sait pour l’avoir vécu que «
tout vient de la vie », de ce que l’écrivain engrange de 'matière première', expériences faites d’événements et de sensations. «
L’art est fait d’impulsions mises en forme. »
Salins-les-Bains
Généralement, ses œuvres il les porte longtemps, les laisse mûrir
puis s’y invertit totalement jusqu’à oublier le présent et délaisser ses
proches. Même s’il y répugne, il évoque la genèse de
La Saison des loups, sa visite à
Salins-les-Bains et le choc quand il découvre cette guerre oubliée quand la
Franche-Comté, humiliée et dévastée, devient française, comment ses personnages l’ont amené à donner une suite à ce premier volume dans
La Lumière du lac.
À la question de savoir s’il est un intellectuel,
Bernard Clavel
répond qu’un homme doit pouvoir changer de métier, lui se verrait
plutôt menuisier ou charpentier. Sa vocation, même s’il n’aime guère ce
mot, il l’a considère comme un '
bouillon de culture' : «
Je
suis né sensible, j’ai été élevé par une mère qui l’était, par un père
secret… notre entourage d’artisans raconteurs d’histoires m’a
impressionné. » Petit, on l’accusait de mentir alors que, dit-il, il ne faisait que «
raconter des histoires. »
Son engagement s’est fait peu à peu, de façon naturelle, l’amenant à
défendre un humanisme basé sur la sauvegarde de l’homme et de la
nature, le recours à la
non-violence. Pour lui, «
un
fleuve, une terre, un vignoble, des forêts sont tellement liés à
l’existence de l’homme qu’il me paraît impossible que l’humanité oublie
ce lien sans courir à sa perte. » Engagement pour l’écologie et les
enfants martyrs, engagement contre l’État guerrier et marchand d’armes.
Engagement aussi dans l’affaire
Jean-Marie Deveaux ou l’affaire
Buffet-Bontemps
contre la peine de mort, contre les pratiques policières, l’impéritie
de la justice et du système pénitentiaire. C’est un homme en colère qui
fustige policiers et magistrats indifférents ou trop répressifs.
Tant que l’injustice sévira jusqu’aux plus hauts degrés de l’État, le
problème de la délinquance restera entier. Mais il continuera malgré
tout à se battre contre la violence et la haine. «
Ma vie est plantée de jalons en forme de clefs », confie-t-il à son interlocuteur. Sa rencontre avec
Louis Lecoin en est un. Il écrit dans ses revues
Liberté et
Défense de l’homme, il participe avec lui à son combat pour le statut d’
objecteur de conscience.
Son pacifisme remonte à cette nuit d’août 1944, nuit de torture d’un
pauvre type qui lui laisse dans la bouche un goût de fiel. C’est le
souvenir de cette nuit qu’il utilisera dans
L'Espagnol pour
peindre une scène semblable. Mais le petit garçon jouait à la guerre et
creusait une tranchée dans le jardin de son père : épisode qu’il
rappelle à plusieurs reprises et reprend dans son roman
Quand j'étais capitaine. Sa rencontre avec le père
Maurice Lelong devait aussi l’influencer, évoquant ensemble
Romain Rolland, défendant les insoumis et luttant contre la
guerre d’Algérie.

Banque des céréales Marche de la paix
Son rejet de la guerre l’amène à publier
Le Silence des armes, puis sa
Lettre à un képi blanc. Il aura d’ailleurs l’occasion de rencontrer son contradicteur le caporal
Mac Seale, «
ouvert au dialogue, intelligent, et qui avait fort bien compris mon livre. » Hasard de la vie, il retrouve en Allemagne
Hans Balzer, soldat allemand qui pendant l’hiver 1942-43 se trouvait comme lui à la prison de
Carcassonne. Immense émotion, surtout quand ils visitent
Buchenwald et parlent de leur admiration pour
Romain Rolland.
Son engagement, c’est aussi sauver les enfants à travers l’association
Terre des Hommes et du livre
Le Massacre des innocents qu’il écrit à son profit. Avec
Claude Mossé et les medias suisses, il se bat pour les enfants du
Bengale, se rend sur place et se bat pour acheminer le maximum de vivres. Il y a certes la violence individuelle,
Bernard Clavel sait combien il est facile d’y succomber, combien aussi des jeunes comme les héros de son roman
Malataverne
peuvent en être victimes, mais la violence d’État est encore la plus
pernicieuse. Pour lui, l’arme absolue est la non-violence, la seule
utilisable «
sans enfreindre aucune loi morale. »
[8]
Sur le plan littéraire, il reconnaît lire peu de romans et, en matière d’influence note son ami et biographe
Michel Ragon, «
le rapprochement de tant d’auteurs (une dizaine) signifie qu’en réalité, il ne ressemble à personne. » Le jour où il démissionne de l’
Académie Goncourt, il skie dans le
Jura avec des amis, «
la vraie vie », entre partage et amitié, «
nous écrivons toujours sur la neige, note-t-il, le tout est de savoir à quelle heure se lèvera la tempête. »
Les décorations et les prix littéraires ne l’ont jamais intéressé, même s’il a obtenu le
prix Goncourt
dans des conditions assez rocambolesques auxquelles il est resté
totalement étranger. Même s’il a obtenu de nombreux prix, il les juge
plus néfastes qu’utiles. Ce qui l’a le plus marqué – et beaucoup aidé –
ce sont les rencontres, ses premiers amis avec
Delbosco qui, de fil en aiguille, vont lui permettre de devenir l’ami d’écrivains comme
Hervé Bazin,
Armand Lanoux,
Roland Dorgelès, puis
Jean Giono et
Marcel Aymé. Ses livres lui valent l’amitié de philosophes comme
Gaston Bachelard et
Gabriel Marcel.
Il se montre très critique envers les critiques, dénonçant le côté
élitiste ou réactionnel de beaucoup d’entre eux. Mais il pense surtout à
d’autres rencontres comme celle de
Frédéric Ditis des Éditions
J’ai lu ou avec le peintre
Jean-François Reymond qui débouchera sur la publication du livre
Bonlieu ou le silence des Nymphes.
Lors de ses débuts,
Bernard Clavel a beaucoup
travaillé pour la radio, excellent apprentissage pour lui à Radio-Lyon.
S’il est déçu par les deux adaptations au cinéma (
Le Tonnerre de Dieu et
Le Voyage du père), il s’enthousiasme pour la télévision et participe à l’adaptation de plusieurs de ses œuvres.
Biodiversité
Il a également beaucoup écrit pour la jeunesse car dit-il, « quel
bonheur de retrouver un moment de sa propre enfance, rechercher ses
propres sources d’émerveillement. » Mais il est difficile de traiter de
la réalité en édulcorant les côtés les plus négatifs, en évitant toute
violence, à promouvoir de nobles sentiments tels que «
la droiture et l’honnêteté » sans pour autant bêtifier.
Si l’attitude de l’Église l’a souvent agacé, si sa recherche de Dieu a
toujours été difficile, il a réussi à retrouver la foi. Avec l’âge, il
lui semble peu à peu apprivoiser la mort, vouloir une mort plutôt lente
avec laquelle il puisse se confronter mais, dans les cas extrêmes, être
favorable à l’euthanasie.
Á propos de la
Franche-Comté et de ses nombreux déménagements, il admet «
être un déraciné » et que c’est un constat très «
démoralisant ». Ceci l’amène à développer l’un de ses thèmes favoris : l’
écologie, la culture biologique, la défense de la planète et de la
biodiversité. C’est aussi le cas précise-t-il pour le Jura où il s’était installé plusieurs années dans le village de
Château-Chalon près de
Lons-le-Saunier,
[5] pollué par l’urbanisation et le tourisme. Pourtant, il pense déjà à l’époque, en 1977, à revenir près de ses racines, «
l’essentiel serait seulement que je puisse m’en rapprocher le plus possible. » Il réalisera cette aspiration en 2002 lorsqu’il s’installera dans la commune de
Courmangoux [6] dans le
Revermont bressan, avant que tout soit remis en cause par la maladie
[7] et qu'il décède le 5 octobre 2010 à
La Motte Sevolex en Savoie..
Notes et références
[1] Les liens renvoient à mes articles wikipedia
[2] Voir ma fiche Bernard Clavel entre Lyon et Vernaison
[3] Voir par exemple, Achille le singe, Akita chien fidèle (pocket junior j372), La Louve de Noirmont (pocket junior j559), La Chienne Tempête (pocket junior j449), Wang, chat tigre (kid pocket j381)
[4] Légendes
des lacs et des rivières, Légendes de la mer, Légendes des montagnes et
des forêts, Contes et légendes du bordelais, Poèmes et comptines.
[5] Voir Bernard Clavel à Château-Chalon
[6] Voir ma fiche Bernard Clavel à Courmangoux
[7] Note de l'auteur
[8] Voir mon article sur les combats de Bernard Clavel intitulé
Droits de l'homme
<<< Christian Broussas, Carnon - 34 - 9 octobre 2013 © • cjb • © >>>