dimanche 13 octobre 2013

Bernard Clavel ou La géographie sentimentale

Référence : Bernard Clavel ou La géographie sentimentale – Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne – 92 pages, 1985, isbn 2-88888-022-9

 

"La géographie sentimentale", cette expression d’Alexandre Arnoux, Bernard Clavel la revendique pour qualifier son itinéraire. « Je crois que rien dans la nature n’est autant qu’un fleuve semblable à l’homme » dit-il en préambule. Sa géographie n’est pas seulement faite de paysages franc-comtois ou de l’Abitibi mais de souvenirs, de visages, de rires et de larmes que son œil bleu veut retenir. « La vie est une succession de moments-lieux et c’est leur chaîne que constitue ma géographie sentimentale. [1]

Sommaire

  • 1 L’éternel apprenti
  • 2 Premiers chemins, premières leçons
  • 3 Le maître fleuve
  • 4 Terres de parole, terres d’amitié
  • 5 Entre Jura, Vaud et Québec

  1- L’éternel apprenti

C’est ainsi qu’il se qualifie lui-même car il apprend tous les jours et pour l’écrivain rien n’est jamais définitif. Sa géographie est un ensemble qu’on peut suivre à travers son œuvre et rien ne l’énerve plus que cette tendance à classifier, à en faire un écrivain "régional" ou "populiste". Parmi les citations qu’il conserve dans son bureau, il choisit celle-ci, d’Ernst Jünger : « Aussi longtemps que nous restons des apprentis, nous n’avons pas le droit de vieillir. » [2]

2- Premiers chemins, premières leçons

Son itinéraire sourd de ses romans à forte tendance autobiographique. On peut suivre son adolescence dans "La Grande patience" entre 1937 et 1946, un fait divers à l’origine de "Malataverne", sa rencontre avec Ted Robert, le Kid Léon qui sera "L’Hercule sur la place" ou les vendanges avec Jacinto Perez, celui qui deviendra Pablo Sanchez, "L’Espagnol". On y retrouve d’abord une photo de sa mère « prise à Dole dans l’étroite rue d’Enfer » [3] et une photo de son père en militaire, lui qui « dans toute sa vie n’avait eu de bon que ses deux années de service militaire. » [4]

3- Le maître fleuve

« Je serais un auteur bien ingrat de ne pas dire ici que je dois au Rhône d’avoir écrit. » [5] C’est à l’initiative de son ami le peintre Delbosco qu’au sortir de la guerre, il s’installe à Vernaison, ne cessant de peindre le Rhône et se berges. « Durant des années, j’ai réellement fait corps avec ce fleuve. » [6] Sa rencontre avec Delbosco sera capitale, il dira qu’il fut pour lui une espèce de père spirituel. De leur rencontre, il écrit : « Au fond, c’est ce jour-là que je suis entré de plain-pied dans le domaine de la poésie. (Écrit sur la neige, page 22-24) De la peinture, il aura cette réflexion : « Je tiens la peinture pour le plus ingrat et le plus difficile des arts. » [7]
 
Á Vernaison, il se souvient de Paul Beaupoux, l’infirmier des sauveteurs, -comme le héros du Tambour du bief- qui l’initie au Rhône, à ses berges (ses lônes et ses vorgines) et sera ainsi à la source du roman "Pirates du Rhône". Il a souvent rendu hommage à ceux qui l’ont aidé, qui ont cru en lui comme Michèle Esday, sa "première lectrice", qui remarquait l’influence de Giono dont « je n’avais jamais lu une ligne. » [8], comme l’écrivain Jean Reverzy dont « le souvenir ne s’est jamais éloigné de moi. », [9] ou comme Armand Lanoux, « ce colporteur d’images, de poèmes et de chansons. » [10]
 
L’obtention du prix Goncourt fut l’objet d’une polémique dont Bernard Pivot se fait l’écho dans Le Figaro littéraire de novembre 1968, écrivant que le jury serait bien inspiré d’ignorer les autres prix décernés « surtout si justement leurs choix sont faits pour contrarier le sien. » Pour Pivot, cette rage d’écrire qu’il a tient au fait « qu’il a toujours été animé… par un formidable besoin de témoigner contre l’injustice. »

4- Terres de parole, terres d’amitié

L’amitié, c’est celle de l’écrivain Jules Roy qui le dépeint ainsi : « Il sait cuire son pain, il noue des amitiés avec le vent et les étoiles, mais c’est le commerce des humbles qui l’inspire, de ceux qui fabriquent l’histoire et la vie, plutôt que de ceux qui la commandent. »
L’amitié, c’est Louis Lecoin, « si le mot lumière me vient à propos de Lecoin, c’est ce petit homme chétif, à demi aveugle, irradiait littéralement. » [11], c’est le "frère ennemi" Hans Balzer entrevu à Carcassonne en 1942 et revu par hasard à Berlin en 1965, « dire qu’il se trouvait parmi les Allemands qui auraient pu me déporter ou me fusiller. » [12] C’est Roland Dorgelès dont il fait l’éloge à Arcachon lors d’une inauguration, c’est Pierre mac Orlan dont il dit « alors que nous l’imaginions cloîtré à Saint-Cyr-sur-Morin, il continuait d’habiter le voyage. » [13]
 
C’est avec Georges Brassens une amitié qui vient à son heure entre deux timides, « c’est André Tillieu, un ami belge (et biographe de Brassens) qui nous a réunis. ». Il dit du style de Brassens que c’est comme « une fresque dont la matière multiple est souvent torturée, grattée, fouillée… où la douceur du lavis voisine avec la griffure d’un burin rageur. » [14]
 
L’amitié avec Michel Ragon c'est, outre cette image d’écrivain populaire et autodidacte qui les réunis, c’est ce sentiment que Clavel est « un homme libre, défendant la liberté, la justice, la fraternité, la paix. » On trouve ce pacifisme et cette obsession de la guerre que Ragon trouve surtout dans les cinq volumes de Les Colonnes du ciel. « De La Saison des loups aux Compagnons du Nouveau-Monde, ils forment… un gigantesque roman de 1824 pages dont la rédaction s’est poursuivie pendant plus de six années ! »

5- Entre Jura, Vaud et Québec

Après les quatre années passées à Château-Chalon, « où j’ai retrouvé ma terre » écrit-il dans la préface à Pirates du Rhône (édition 1971), s’ouvre à partir de 1977, quand il quitte Villeneuve-sur- Yonne, une longue période d’errance dominée par deux lieux privilégiés, le Jura qu’il soit français ou suisse et le Québec. Le Jura, c’est le lieu d’une errance, celle de ses héros de "Les Colonnes du ciel" qu’il va bientôt terminer avant d’entreprendre son épopée québécoise "Le Royaume du Nord".

Le Jura sera essentiellement Villers-le-lac dans le Doubs et Morges en Suisse sur les bords du Léman, avec des séjours dans des villages de la région comme Belfontaine et Reverolle. Le Québec, c’est avant tout Josette Pratte, « l’essentiel de ma vie avant l’écriture : j’ai une femme que j’aime et qui m’aime, » écrit-il dans sa préface à sa "géographie sentimentale". « La maison de bois était nue au milieu de la plaine, à mi-distance entre les glaces du Saint-Laurent et celle de la rivière des Outaouais, » écrit-il dans "Terres de Mémoire" à propos de Saint-Télesphore.
Son ami Jacques Peuchmaurd dira : « On ne parle pas aisément des êtres qui ont beaucoup compté dans sa vie : une amitié c’est comme un amour. » Une affaire intime

Notes et références

  1. Terres de mémoire, page 45
  2. Bernard Clavel, Morges, juin 1984
  3. Terres de mémoire, page 13
  4. Les Fruits de l’hiver, page 53
  5. Le Rhône ou les métamorphoses d’un Dieu, page 48
  6. Écrit sur la neige
  7. Célébration du bois, page 21
  8. Écrit sur la neige page 197
  9. Écrit sur la neige page 256-57
  10. Article de Clavel dans Le Progrès du 19/12/1963
  11. Écrit sur la neige, page 121
  12. Écrit sur la neige, pages 147-148
  13. Terres de mémoire, pages 68-69
  14. L’œuvre poétique de Brassens, préface de Bernard Clavel
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Bernard Clavel, Itinéraire & repères bio

Bernard Clavel - Repères biographiques
 
 

Sommaire

  • 1-Le journaliste et le romancier
  • 2-L’installation dans la région parisienne
  • 3-Le combat pour la justice
  • 4-Le déraciné

1-Le journaliste et le romancier

C’est dans ses articles que Bernard Clavel parle le plus souvent de sa révolte contre les injustices et la folie des hommes. Il y expose ses inquiétudes de citoyen du monde et sa volonté de clamer son indignation, de faire connaître aux lecteurs les enfants brûlés au napalm, les réfugiés du Bengale, ceux qui souffrent de la faim, de dénoncer les profiteurs et les marchands d’armes. De même, il va inlassablement mener la lutte en faveur de la paix et pour la défense écologique de la planète.

Son engagement plonge ses racines dans sa jeunesse, enfant du peuple d’un père boulanger et d’une mère fleuriste. Milieu modeste et chaleureux. Son apprentissage de mitron à Dole sera une expérience terrible. Son échec aux Beaux-Arts de Lyon ensuite, sera aussi une période difficile de ses ‘humanités’. La guerre qui arrive va le happer, l’envoyer dans le sud-ouest à Castres puis le ramener dans un maquis du Jura. Ses tranches de vie de cette époque, il les racontera dans un récit largement autobiographique qui constitue les quatre tomes de La Grande Patience.
Après la guerre en 1946, il s’installe à Vernaison au sud de Lyon et au bord du Rhône, ce fleuve qui sera la matière de son premier roman, fortement autobiographique lui aussi, "Pirates du Rhône". C’est une époque très difficile sur le plan matériel, un temps où il devra choisir entre ses deux passions la peinture et l’écriture. En octobre 1949, il expose à Lyon, à la galerie des Brotteaux, des tableaux et des sculptures sous ce titre évocateur : "Poésie du Rhône". Trente trois œuvres exposées, aux titres révélateurs : Crue du Rhône à Vernaison, Grisaille sur le Rhône ou Rhône et Saône. Il recevra même en 1947 une récompense, le prix de la Première chance.
Les difficultés matérielles, son mariage avec une employée à la préfecture Andrée David et la venue de leurs trois fils vont l’obliger à devenir celui qu’il nomme dans son roman « L’ouvrier de la nuit ». Il recourt à de petits boulots, devient relieur et va travailler pendant neuf ans à la Sécurité Sociale de Lyon. Surtout, il va entrer dans le grand quotidien lyonnais Le Progrès et devenir homme de radio.

Á partir de 1958 et pendant six ans, il animera plusieurs émissions à Radio-Lyon, ce qu’on appelait alors la RTF. D’abord "Aux fenêtres du rêve", émission où il présentera des poètes tels que Prévert ou Baudelaire. La série suivante, "Les lettres de mon pays", se réfère aussi à la littérature en présentant des écrivains, thématique qu’il reprendra ensuite au Progrès dans des articles sur des écrivains qui souvent deviendront des amis comme Jean Reverzy, Marcel Aymé ou Hervé Bazin. Puis ce seront des émissions plus spécifiques, "Châteaux, légendes et troubadours" centrée sur l’illustration de la mémoire collective, "Des métiers et des jours" sur les métiers de l’artisanat.

Pour lui, le théâtre radio est un art comme un autre [1] et il reprendra sous forme de romans certaines de ses pièces radiophoniques. [2] Premier tournant de sa vie littéraire, il signe dans Le Progrès un conte de noël, "Noël de rapin" et reçoit un premier prix littéraire pour sa nouvelle "La cane".
Au début des années soixante, Bernard Clavel rejoint l’équipe d’Henri Perruchot dans la revue "Le jardin des arts", centrée sur la vie artistique lyonnaise. Outre le compte-rendu des expositions, Bernard Clavel s’intéresse surtout à L’École lyonnaise de peinture [3] et défend le patrimoine régional. [4]
 

2-L’installation dans la région parisienne

En 1964, Bernard Clavel et sa famille s’installent à Chelles dans l’est parisien, constatant dans l’article "Le tort d’être absent", « il est très difficile de vivre de sa plume à Lyon. En » Au début, il est surtout journaliste, collaborant à une vingtaine de revues et de journaux. C’est pourtant à Lyon qu’il va déclencher une polémique à propos de son premier article en novembre 1964 dans la revue Résonances où il dénonce la guerre et ses effets délétères. [5]
Dans ses reportages apparaît derrière le journaliste, l’homme engagé. En effet, s’il poursuit ses enquêtes sur le terroir, de sa Franche-Comté natale au lyonnais, il donne sa propre vision des 24 heures du Mans [6] ou dénonce la marée noire lors d’un reportage en Bretagne dans "Bretagne solitaire et abandonnée.

Puis ce sera la rencontre capitale avec Louis Lecoin, qu’il présente ainsi : « Il porte en lui tant de conviction, tant de foi en l’homme que rien jamais n’arrête son élan. Il revient et tout se métamorphose." Il est à ses côtés dans la bataille pour la reconnaissance de l’objection de conscience et écrit dans son journal "Liberté". Tous deux déclarent "la guerre à la guerre" et refusent qu’elle soit considérée comme une nécessité ou une fatalité. Pour lui, Napoléon est avant tout un génie du mal. [7] Il fustige les marchands de jouets qui vendent pour noël tanks et mitraillettes. [8]
 

3-Le combat pour la justice

L’année 1968 marque un nouveau tournant avec l’obtention du prix Goncourt, malgré les polémiques qui ont marquées son élection. [9] La notoriété, il s’en détourne, l’utilise pour les causes qui lui sont chères : informer sur les camps de réfugiés bengalis, participe à l’éducation des jeunes. D’autres rencontres vont être déterminantes et orienter le sens de ses combats : Edmond Kaiser et son association "Terre des hommes", [10] Claude Mossé et la lutte contre la faim, la sauvegarde des enfants au Bengale. Il pense que seules la prévention et la non-violence sont à long terme efficaces et se fait pédagogue, allant dans les écoles, écrivant dans "L’École ouverte" : « Lorsque nous écrivons pour nos enfants, c’est la joie qui domine. » [11] Cette joie repose sur le réel des enfants, leur capacité à l’émerveillement, le recours au rêve qui aide à leur formation « pour leur permettre ce construire un monde plus juste et plus humain. »

Et puis subitement en 1971, il quitte la région parisienne pour se réfugier dans son Jura natal à Château-Chalon. En 1975-76, il fera un voyage en URSS où il évoque « cette vastitude » et se demande si « nous autres, gens de l’Ouest, pourrions aller vivre là-bas et demeurer nous-mêmes. » [12]
 

4-Le déraciné

Á partir de 1977, il va chercher un nouveau port d’attache sans jamais vraiment le trouver. En revanche, il va trouver l’amour, par hasard, lors d’un voyage au Québec. Elle est attachée de presse qui doit prendre en charge un écrivain, il est cet écrivain qui aimerait bien se laisser prendre en charge. Elle est, lit-on dans "Un écrivain en colère", « une mosaïque de beauté et d’intelligence. » Complicité immédiate. Elle va apaiser, pacifier cet ‘homme en colère’ ou plutôt qui doute et se cherche dans cette période de tensions intérieures qu’il traverse. Elle est également écrivaine et leur rencontre est aussi une complicité littéraire.

Lui qui aime le froid, lui qui écrivait : « Le Nord est ma terre d’élection. Elle me hantait depuis mon enfance… », il va être servi. [13] De Côte-des-Neiges à Montréal, de Wesmount aux terribles hivers de Saint-Télesphore, c’est « un Nouveau Monde merveilleux, plus vivant que je n’aurais osé l’imaginer. » [14] Mais décidément, aucune racine ne s’accroche à ses terres d’élection. S’il revient parfois dans ses terroirs familiers à Villers-le-lac dans le Doubs et Courmangoux dans l’Ain ou en Suisse à Morges et Vufflens-le-Château, le plus souvent il sillonne la France s’installant en Provence, dans le Bordelais et en Touraine à Saint-Cyr-sur-Loire, et en Europe, se posant en Tchécoslovaquie, au Portugal, en Irlande à Galway et en Toscane.

Il n’en continue pas moins à défendre ses convictions dans des revues comme "Fémina" ou "Panorama" pour dénoncer l’impact des évolutions sur l’environnement, les modes de vie ou les consciences. [15] Il donne sa vision de l’évolution des mœurs, la qualité de vie ou l’urbanisme. [16]
En 2003, Bernard Clavel fête ses 80 ans, toujours fidèle à lui-même. « Le crâne dégarni maintenant, carrure large et imposante, lunettes à montures d’écailles », toujours en lutte contre l’exclusion, l’injustice, la bêtise, la guerre. Un homme de passion. L’écrivain et le journaliste se rejoignent ainsi à travers son roman "Le Silence des armes", son essai "Le massacre des innocents" ou la préface de son dernier roman "Le temps des malheurs".

Notes et références
  1. Voir Bernard Clavel, "L’audiodrame entre en littérature", Les Nouvelles littéraires, août 1968
  2. Par exemple, "La Retraite aux flambeaux", Albin Michel, 2002
  3. Voir son article paru dans Le jardin des arts en 1964
  4. "Vienne, ville carrefour", Le jardin des arts, 1962
  5. Voir Bernard Clavel, "Un été tricolore", Résonances, 1964
  6. "Seize heures au Mans ou la nuit la plus longue", reportage dans l’Humanité, 1967 puis "Victoire au Mans", Le Livre de poche
  7. Voir "Le diable et le bon dieu", revue Liberté, juin 1968
  8. Voir "Pas de sang sur les mains", revue Liberté, 1968
  9. Sur ce sujet, voir la biographie écrite par Michel Ragon parue chez Séghers
  10. Voir à ce sujet son livre "Le massacre des innocents"
  11. "Écrire pour les enfants", L’École ouverte, février 1974
  12. Voir "Voyage en URSS", juin 1975
  13. Voir son article "Les fous du Nord", Géo magazine, octobre 1984
  14. Voir son article "Femme de ma vie", mars 2003
  15. Voir par exemple, "De la boîte à dormir au génie de la gueule", Fémina, septembre 1981 ou "Le besoin de vedettes", Panorama, 1981
  16. Voir ses articles dans Fémina : "Le tourisme qui tue", mai 1981 ou "Secteurs sauvegardés", mai 1982
  • Voir aussi Bernard Clavel dans la compilation de mes articles  : Books LLC, Wiki Series (Septembre 2011, isbn 1-1593-9740-6 & 978-1159397401) 
  • Bernard Clavel, un homme en colère – Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne – 71 pages, 2003, isbn 2-88888-098-9
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mercredi 9 octobre 2013

Bernard Clavel et Les droits de l'homme

          

L'écrivain Bernard Clavel a œuvré tout au long de sa vie pour défendre la paix et les droits de l'homme à travers le monde, lutter contre la guerre qui lui apparaît comme le principal fléau qui menace l'humanité. Son action s'est traduite par son engagement pour défendre avec ses amis et les associations auxquelles il a adhéré, les droits des personnes, en particulier ceux des enfants, lutter contre la famine et la guerre. Elle se retrouve aussi dans ses écrits, que ce soient des romans, des essais ou dans les nombreux articles qu'il a écrits.

Présentation générale
Très tôt, Bernard Clavel a été confronté à l'injustice et même à la violence pendant son apprentissage de pâtissier à Dole. Il sera marqué pour la vie par cette expérience traumatisante qu'il a relatée dans son roman La maison des autres, tome I de sa suite romanesque La Grande Patience. Il pense que « la lutte pour une meilleure justice s'inscrit au chapitre du combat pour un monde enfin préservé de la haine, pour un humanité plus humaine.Pour ce que Louis Lecoin appelait 'la patrie humaine'. »
1959 : Dans un passage de son roman L'Espagnol, il parle de La peur de Pablo confronté, alors qu'il se trouve dans un maquis de la Résistance en 1944, à la torture d'un homme, collaborateur sans doute, mais qui lui est insupportable. Cet épisode est éminemment autobiographique et Pablo n'est autre que le jeune Bernard Clavel face aux cris d'un homme qu'on torture et dont il ne peut supporter la souffrance, épisode qui a joué un rôle certain dans son évolution vers la non-violence. [1]
 
Août 1977 : Bernard Pivot interviewe Bernard Clavel au sujet de son dernier roman La lumière du lac tome II de la suite romanesque intitulée Les Colonnes du ciel, l'histoire de paysans jurassiens qui durant l'hiver 1639 fuient la guerre pour s'installer dans le Pays de Vaud à Morges quand débarque un médecin qui veut sauver tous les enfants. C'est un médecin Engagé dans la paix dit Bernard Pivot, le genre d'homme que Bernard Clavel rencontre à l'époque de son engagement et qui l'a fortement marqué dans le portrait de son personnage.
Le romantisme du soldat, qu'il a cultivé dans sa jeunesse à travers la figure de son oncle capitaine dans l'armée d'Afrique, [2] qui a nourri son imagination d'enfant, [3] est bien loin désormais.

       Terre des hommes

Le Silence des armes
C'est en 1970 que Bernard Clavel décide de frapper un grand coup en publiant son roman Le silence des armes. Il y dénonce les ravages de la guerre à travers l'histoire d'un soldat perdu de la guerre d'Algérie qui a vécu les massacres de l'armée française et le recours à la torture, un soldat qui, lors d'une permission dans son village ne peut plus supporter de se taire et de participer à cette 'sale guerre'. Clavel dira qu'il n'y a pas de sale guerre ou de guerre juste, par définition la guerre et sale et injuste et il faut lutter contre son principe même, profiter d'un temps de paix pour agir et mettre toute guerre hors la loi.
Son roman provoquera de nombreuses polémiques, en particulier avec un soldat, le caporal Mc Seale auquel il répondra dans une lettre au ton de véritable essai sur les ravages de la guerre et l'argumentation des militaristes dans sa Lettre à un képi blanc. [4]
 


Le massacre des innocents
Deux rencontres vont jouer un rôle essentiel dans l'évolution de Bernard Clavel et son engagement dans la lutte contre la guerre, la famine et la reconnaissance des droits de l'enfant. D'abord sa découverte de la gravité de la situation dans de nombreuses régions du monde. Il racontera son parcours et ses réactions face à la terrible réalité à laquelle il est confronté dans un essai-témoignage intitulé Le massacre des innocents [5] où les innocents dont il parle sont surtout des enfants. Dans sa préface au livre de Claude Mossé Mourir pour Dacca, [6] il écrit que quand il entend le cri d'angoisse que lance Claude Mossé concernant les enfants du Bangladesh, il décide immédiatement de partir avec lui. Et ce qu'il voit est terrifiant : images insoutenables de ces tueries qui prouvent que « le monde s'habitue à l'horreur », une expérience qui restera pour lui « l'un des passages les plus douloureux de mon existence » ajoute-t-il avant de citer son ami l'écrivain Jean Guéhenno : « La guerre, c'est l'impuissance de l'homme. » [7]


    Pacifisme et droits de l'homme En 1967, quand Bernard Clavel apprend dans quelles conditions son ami l'acteur Jean-Claude Rolland a pu se suicider dans sa cellule où il était emprisonné pour un délit mineur, il s'écrie, indigné : « Il est mort assassiné par un juge d'instruction et par le système pénitentiaire» D'autres événements vont aussi servir de révélateurs et le conduire à s'engager dans un combat plus centré sur la défense des droits de l'homme. En 1965, il est confronté à un coup de hasard comme la vie en réserve parfois : lors d'un congrès en Allemagne à Weimar, il fait connaissance avec l'un de ces allemands qu'il a côtoyé en 1942 à la caserne de Carcassonne et qui est devenu depuis le traducteur allemand de l'œuvre de Romain Rolland. Retrouvailles miraculeuses avec celui qu'il n'appellera plus désormais que « mon ami Hans Balzer. » « Souviens-toi, lui écrit-il, Hans mon ami, cette nuit du 16 au 17 mai dans Weimar endormie. Souviens-toi "jeunes frères ennemis". C'est par ces mots que commence Au-dessus de la mêlée... [8] Et cette nuit-là, dans la cité toute imprégnée de souvenirs de Goethe nous devions découvrir soudain que nous avons été cela. » [9] 
     
    Il y eut ensuite cette histoire d'erreur judiciaire dans la région lyonnaise qu'il connaît bien pour avoir résidé 15 ans à Lyon, ce qu'on a appelé L'Affaire Deveaux, du nom de ce jeune homme condamné à la peine capitale (qui existait encore à l'époque) pour le viol et le meurtre d'une fillette. Procès bâclé selon les tenants de la révision du procès dont faisait partie Bernard Clavel car à l'époque, l'appel en cours d'assises n'existait pas encore. [10] Dans cette logique, il écrira aussi cette même année 1969, une lettre pamphlet très ironique au maire de Gambais pour se plaindre qu'on ne fête pas dans sa commune le centième anniversaire de la naissance de Landru, qu'il traite de modeste artisan à côté d'un Napoléon et dont il fait toujours ironiquement un précurseur des chambres à gaz. [11] 
     

     
    Liberté et objection de conscience
    Tenant à la fois du refus de la guerre, de l'armée et de la défense des droits de l'homme se situe son combat pour faire reconnaître l'objection de conscience et en faire un droit de la personne humaine, non une simple preuve de lâcheté. Ce combat aussi prend racine dans une rencontre d'un homme pour qui il avait un respect immense et qui deviendra l'un de ses grands amis : Louis Lecoin. Il a souvent reconnu la valeur de l'homme, lui rend un hommage appuyé dans un chapitre de son essai Lettre à un képi blanc [12] Il écrira souvent des articles dans sa revue [13] et préfacera l'un de ses ouvrages. [14]
     
    Il milite également contre la peine de mort avec le père Boyer, ne serait-ce que pour éviter les erreurs judiciaires comme dans 'l'Affaire Deveaux' deviennent irréparables, luttant contre cette fascination devant un exécution, faisant référence au vécu d'Albert Camus [15] qu'il a transcrit dans cette justice implacable qui s'abat sur (Patrice) Meursaut dans L'Étranger et le condamne à la peine de mort. [16]
    Dans le même ordre d'esprit, il prendra toujours la défense des travailleurs, des humbles, peuple qu'il connaît bien puisqu'il se sent 'des leurs', à travers de nombreux articles, avec son ami Michel Ragon par exemple [17] ou dans le cadre de son engagement pour telle ou telle cause qu'il juge juste et tient à défendre. [18]

    Paroles de paix
    Dans les années 2000, il reprendra son combat en publiant un réquisitoire contre la guerre qui couvre l'histoire d'une famille de la première à la seconde guerre mondiale, aux nombreux éléments biographiques, qu'il a intitulé Les Grands Malheurs. À propos de ce roman, Françoise Xénakis écrivait : « Une énorme stature d’écrivain. »
    Il va le compléter par la présentation d'un ouvrage basé sur des citations d'écrivains en faveur de la paix, Paroles de paix ainsi que sa participation au livre Cent poèmes pour la paix. Puis il va publier un dernier texte, repris comme préface au livre de Nakazawa Keiji, J'avais six ans à Hiroshima. Le 6 août 1945, 8h15, intitulée La peur et la honte.
     


    La non-violence
    « La non-violence, cette seule espérance » a-t-il intitulé un chapitre de son livre Écrit sur la neige. C'est ajoute-t-il le thème essentiel de son roman L'Hercule sur la place où les 'forts de foire' savent canalisent leur agressivité. Roman largement autobiographique de sa jeunesse quand il gagnait sa vie de cette façon dans les fêtes foraines avec son ami Kid Léon.

    Il va ensuite participer à la vie de plusieurs associations qui prônent la non-violence comme Combats non-violents, la Coordination française pour la Décennie ou Non-Violence XXI et se lie d'amitié avec celui qu'il considère comme son maître en la matière, Jean-Marie Muller qui développe méthodes et stratégies en matière de non-violence. Il soutient activement Gaston Bouthoul, l'initiateur de la polémologie, l'analyse des mécanismes de la violence, étude des phénomènes de la guerre du point de vue politique, moral et sociologique. Pour lui, « la guerre est pire que le cancer, la peste, le choléra et rage réunis. »

    Il aime citer son ami Roland Dorgelès dont il dit qu'il y a des Les Croix de bois un chapitre 'Mourir pour la patrie', « dont la lecture devrait être faite chaque année, pour le 11 novembre par exemple, dans toutes les écoles de France. » Dans son ouvrage Bernard Clavel, qui êtes-vous ?, il cite « trois livres de réflexion absolument essentiels » : Avoir détruit Hiroshima de Claude Eatherly et Günter Anders, La mort des autres de son ami Jean Guéhenno et De la désobéissance d'Erich Fromm. Il pense que la non-violence est « la seule arme qu'on puisse utiliser sans enfreindre aucune loi morale, sans poser un problème de conscience,sans courir le risque de devenir un tortionnaire ou un assassin. » Et de plus pour un tyran, elle « est une attitude plus difficile à réduire que la résistance armée. »

    L'écologie
     Pour lui, l'écologie sera de plus en plus intégrée aux droits de l'homme, le droit de vivre sur une planète où il fait bon vivre. Très tôt, il s'est élevé contre les travaux d'aménagement et les nombreux barrages sur le Rhône qui défigurent le paysage, font mourir le fleuve, « condamnent les plus beaux vignobles et les vergers merveilleux qui faisaient des printemps sur le Rhône une féerie de rose et de blanc. »
    Déjà dans son roman Le Silence des armes, il préconisait la culture biologique pour respecter la terre et ne pas l'épuiser car il pense que « seuls les écologistes ont une conscience précise du danger et l'honnêteté de le dénoncer. »

    Notes et références
    1. Voir son ouvrage autobiographique Bernard Clavel, qui êtes-vous ?
    2. Voir son roman Le Soleil des morts où son oncle en est la figure centrale
    3. Voir son roman, largement inspiré de souvenirs d'enfance et intitulé Quand j'étais capitaine
    4. Voir La guerre inhumaine, repris dans la biographie de Michel Ragon "Bernard Clavel"
    5. Voir aussi l'extrait paru dans la biographie de Michel Ragon Bernard Clavel parue chez Seghers
    6.  Voir Claude Mossé Mourir pour Dacca, éditions Robert Laffont, 1972
    7. Voir Jean Guéhenno Journal des années noires
    8. Voir Romain Rolland, Au-dessus de la mêlée, Librairie Paul Ollendorff, 1915 (première édition)
    9. Voir l'article Jeunes frères ennemis, revue Europe, novembre 1965
    10. Voir sa préface Défense de Jean-Marie Deveaux à l'ouvrage L'Affaire Deveaux, Éditions et Publications premières, Paris, 1969
    11. Voir sa Lettre au maire de Gambais dans la biographie de Michel Ragon Bernard Clavel parue chez Seghers
    12. Louis Lecoin et l'objection de conscience, repris dans la biographie de Michel Ragon Bernard Clavel (pages 142-146)
    13. Revue Liberté de Louis Lecoin, articles de Bernard Clavel sur le pacifisme et l’objection de conscience
    14. Écrits, Louis Lecoin, extraits de 'Liberté' et de 'Défense de l'homme', Union Pacifiste (UPF), Boulogne, 255 pages, 1974
    15. Voir l'expérience de son père dans "L'Envers et l'endroit"
    16. Voir son livre autobiographiques Écrit sur la neige
    17. Par exemple, Ils ont semé nos libertés, Michel Ragon, avant-propos de Bernard Clavel, Éditions Syros, 1984
    18. Par exemple, Les Travailleurs Face à L'armée, Jean Authier, postface de Bernard Clavel, Moisan Union Pacifiste De France
    Œuvres & Bibliographie
    • Principaux récits et essais
      1970 Le massacre des innocents, Éditions Robert Laffont
    • 1975 Lettre à un képi blanc, Éditions Robert Laffont
    • 1997 Gandhi l'insurgé : l'épopée de la marche du sel, Jean-Marie Muller, préface de Bernard Clavel, Éditions Albin Michel, (ISBN 2-226-09408-3)
    • 2003 Paroles de paix, texte de Bernard Clavel, illustrations de Michele Ferri, Éditions Albin Michel, 01/2003, 64 pages, (ISBN 2226129235)
    • 2005 Le chien du brigadier, Sélection Du Reader's Digest, collection 50 Ans Sélection du Livre, 61 pages, 04/2005, (ISBN 2709816679)
    • 2005 Les Grands Malheurs, Éditeur France Loisirs, 462 pages, 2005, (ISBN 2-7441-8462-4)
    • 2005 J'avais six ans à Hiroshima. Le 6 août 1945, 8h15, Nakazawa Keiji, précédé de La peur et la honte de Bernard Clavel,
      Éditions Le Cherche-Midi, 2005, 169 pages, (ISBN 2749104165)
        << Christian Broussas, Carnon-Mauguio, Octobre 2013 © • cjb • © >>

    Bernard Clavel Trois écrits autobiographiques

    1- Bernard Clavel, qui êtes-vous ? (1999)

    Il y a une résonance, une connivence entre ces deux ouvrages où Bernard Clavel égrène ses souvenirs et nous livre une partie de lui-même dans Les Petits Bonheurs et Bernard Clavel, qui êtes-vous ?, [1] qui font l'objet d'une partie de cette présentation. Évoquant des souvenirs, Bernard Clavel nous confie que « ce sont des choses que l'on croit avoir oubliées, mais qui sommeillent en vous et ressortent quand quelqu'un s'avise de les aiguillonner. »

    Sa vocation d'écrivain transparaît, se dévoile quelque peu avec cette citation de Jean Guéhenno : « Les impressions d'enfance marquent la couleur de l'âme, » et son passé entre une mère conteuse-née et un père ressassant des souvenirs comme Henri Gueldry dans son roman Quand j'étais capitaine qu'on retrouve dans les tranchées creusées avec ses copains près du hangar. C'est lors d'un voyage à Lyon qu'il découvre le Rhône, qui va tant compter pour lui, « certain que dès ce jour-là, le Rhône est entré en lui. » Au cours de ses tournées, son père lui enseignait ce que Bernard Clavel nommera plus tard « sa géographie sentimentale ».
    Son enfance est un pays de rêves, il plane en haut de l'arbre du jardin, suit avec passion les préparatifs de départ d'un voisin, Paul-Émile Victor, faisant « des tours du monde imaginaires. »
            L'hôtel-Dieu de Dole

    Mais le rêve de l'enfance s'éloigne brusquement avec La Maison des autres, roman largement autobiographique sur son apprentissage de pâtissier, dur apprentissage de la vie aussi pour cet adolescent pour qui la ville de Dole avait été liée au bonheur des repas de famille. Vision contrastée de cette ville qu'il décrira dans Le Tambour du bief avec le canal Charles-Quint et ses écluses. À travers une question sur le message que peut véhiculer un roman, c’est L'Ouvrier de la nuit qui répond, celui qui déplore que les intellectuels ne soient pas considérés comme des travailleurs.

    Après La Maison des autres, c’est le début de la guerre, chapitre qui commence par cette histoire de Voltaire : « Le soldat tire à genoux, sans doute pour demander pardon de son crime ». La guerre, vieille compagne « qui le hante » écrit-il dans une préface, avec qui il a des comptes à régler : toujours la conviction que la guerre est dans le cœur de l’homme et qu’il faut opérer pour l’éradiquer, en passant comme il l’a fait, par une prise de conscience longue et douloureuse. De l’occupation, il retiendra surtout un grand amour malheureux et, dit-il, « j’ai passé l’essentiel de mon temps à poursuivre des chimères. C’est je crois, ce qui a rendu la vie si difficile à mes proches. »

    Il travaille d’arrache-pied et, comme un artisan têtu, remet constamment l’ouvrage sur son chevalet. Ainsi a-t-il traversé le temps de la guerre Celui qui voulait voir la mer, part loin de chez lui, loin de ses parents, à la découverte de la France puis c’est à Castres que Le cœur de vivants va vivre un grand amour. À l’héroïsme du soldat, il préfère le courage, celui qui « consiste à savoir dire non au pouvoir lorsque ce pouvoir nous oblige à des actes condamnables. » Credo pacifiste de celui qui a écrit Lettre à un képi blanc. Ses 'affinités électives' vont vers des pacifismes Romain Rolland, Jean Giono, Jean Guéhenno et Gilbert Cesbron, « un frère pour moi. » Puis ce fut Les Fruits de l’hiver, la disparition de ses parents, lui qui a été « le déchirement de leurs dernières années. »

    Après la guerre, il se marie, vit le long du Rhône à Vernaison au sud de Lyon et peint plus qu’il écrit. Il côtoie les gens simples qui lui inspirent plusieurs romans comme Pirates du Rhône ou La Guinguette et le Rhône, ce fleuve qui est aussi pour lui un 'personnage' qui peut être calme ou traitre, mais qui pique aussi de terribles colères comme dans La Révolte à deux sous ou Le Seigneur du fleuve. Peu à peu, il a délaissé la toile pour les mots.

    Vernaison, la vie de famille, la société de sauvetage, son travail de salarié, la charge est énorme : le piège pour un écrivain. Bernard Clavel se qualifie lui-même de « menteur-né », ne sachant vraiment plus la part de biographie dans son œuvre et cite Albert Camus : « Les œuvres d’un homme retracent souvent l’histoire de ses nostalgies ou de ses tentations, presque jamais sa propre histoire. »
    Quand on lui parle du Rhône, [2] le défenseur de la nature s’insurge contre « les massacreurs de la nature qui, prédit-il, seront à long terme vaincusBernard Clavel connaissait bien 'le prix du temps', écrivant « une pièce radiophonique par semaine, un roman par an, des émissions sur les disques et les livres, des articles pour des revues comme Résonances »

    Telles sont ses 'années lyonnaises' de 1957 à 1964, quai Romain Rolland puis cours de la Liberté. Sa culture s’est forgée pendant ces années : « Tout est dans le tempérament mais tout vient aussi des rencontres, de ce que la pratique des métiers et le côtoiement des êtres vous apportent. » « Être romancier, dit-il, c’est porter en soi un monde, et c’est vivre en ce monde beaucoup plus qu’en celui qui vous entoure. » Malgré sa puissance de travail, Bernard Clavel plonge dans la dépression et il faudra l’intervention de son éditeur Robert Laffont pour qu’il arrive à tourner la page.
    Le parc Bernard Clavel a été inauguré en octobre 2011 en bordure de Rhône sur la commune de Vernaison. (voir le site Vernaison)

       
    Vues de Chelles (77) et de Brunoy (91) que Clavel a habitées 5 ans

    Rupture, « l’éternel vagabond » s’installe dans la région parisienne à Chelles de 1964 à 1969, puis à Brunoy. S’il reste fidèle au stylo plume et au papier, le cinéma s’intéresse à lui et achète les droits de Qui m'emporte, et de Le Voyage du père. Terrible déception. Il ne reconnaît rien de ses romans et préférera désormais les adaptations télévisées auxquelles il participe, et la première, L'Espagnol, réalisé en deux parties par Jean Prat et diffusé en 1967, est un gros succès. Parfois même, ses romans rejoignent la réalité, une réalité qu’il apprend bien sûr après coup : il en donne quelques exemples à propos de L'Hercule sur la place ou L'Espagnol. Sans doute écrit-il d’abord pour exorciser la mort. Il confesse : « Finalement, je me demande si l’on ne crée pas avant tout pour se survivre ». Et puis, il y eut 1968, pas mai 68, mais la consécration : prix Goncourt surtout, mais aussi grand prix de la ville de Paris et prix Jean Macé. À la question classique, « Pourquoi écrivez-vous », il répond : « Écrit-on jamais pour autre chose que pour aller au fond de soi ? » (p. 123)

    Retour au bercail : il s’installe dans la maison des abbesses à Château-Chalon près de Lons-le-Saunier où se déroule l’action de Le Silence des armes. [5] C’est l’époque où il écrit Le Seigneur du fleuve, Tiennot, Le Silence des armes et Lettre à un képi blanc. Avec ses deux derniers livres, c’est l’époque de la polémique, au côté des objecteurs de conscience, « j’estime, dit-il, que je n’ai pas le droit de cesser de me battre pour que la justice et la paix s’imposent ». S’il n’a aucun message à transmettre, il ne peut non plus écrire « une œuvre dégagée ». Il se veut comme son ami Roland Dorgelès « anarchiste chrétien ».


    Vue de Morges

    Sa nouvelle vie laisse augurer une grande stabilité, mais c’est le contraire qui se produit : début 1978, il s’installe au Québec avec Josette Pratte, Montréal, puis Saint-Télesphore, « je suis un homme d’hiver » dit-il, saison à laquelle il consacrera un album en 2005. Il revient en France à Paris, puis chez un ami à Bruxelles, le Portugal où il écrit Marie bon pain, Paris de nouveau chez des amis pour écrire La Bourrelle. Le périple se poursuit en 1979 dans une ferme du Doubs qu’il quitte en 1981 pour s’installer à Morges en Suisse sur les bords du lac Léman, renouer avec « La lumière du lac », là où en 1985 ce livre a été élaboré (avant de partir en Irlande).

    Bernard Clavel se défend d’écrire des romans historiques - Les Colonnes du ciel sont faits de héros 'modernes' et l’histoire aurait pu se dérouler à notre époque, ou de mélanger réalité et fiction. Il précise : « J’ai fini par acquérir la conviction profonde qu’il y a pour l’artiste un droit absolu d’adhérer de plus près à son œuvre qu’aux êtres qui l’entourent. » Cette fois, il ne s’agit plus d’une simple rupture, c’est un second souffle, un homme résolument tourné vers l’avenir ; il a rencontré Josette Pratte, « un grand amour avec qui j’ai des échanges constants ». Quand on lui reproche un certain égoïsme, il répond que le métier d’écrivain est fatalement une longue solitude. Il parle de Harricana, cette rivière du Québec qui coule dans Le Royaume du Nord des gens qu’il a rencontrés, qui sont devenus personnages, recomposés par son imaginaire. Et il conclut : « Vous voyez : une fois de plus, je n’ai rien inventé et j’ai tout inventé ».
    Et s’il ne pouvait plus écrire, si on lui interdisait d’écrire, question cruciale : « Je ne vous ai pas attendu pour me la poser, répond-il à Adeline Rivard, il y a près d’un demi-siècle qu’elle me poursuit… » (Morges, février-juillet 1985)

    2- Les petits bonheurs 

    Les Petits Bonheurs, Doon House hiver 6-87 – Vufflens-le-Château, mars 1999, Éditions Pocket 14/08/2001 – isbn 2-266-10364-4

    À travers ce récit, Bernard Clavel part à la rencontre de son enfance, de son passé. Il revoit ses terreurs d'enfant quand la lampe Pigeon de la salle à manger « n'éclairait jamais certains recoins d'où pouvaient bondir des ogres, des loups ou des monstres. » Frayeurs d'enfant qu'amplifie son imagination, visions d'animaux qui peupleront ses livres pour la jeunesse. [3] Sa mère renforce cette tendance, elle qui « appartenait au temps des veillées de contes populaires », née près de Dole dans le JuraMarcel Aymé devait rencontrer La Vouivre. C'était leur univers, « des personnages de contes… qui vivaient pour elle aussi bien que pour moi », un monde qu'il fera revivre dans ses livres sur les contes et légendes. [4] « Je sais, écrit-il, que c’est dans ces moments-là que sourd ce qui m’a nourri et m’a permis d’écrire ».


    Vue de Dole

    Il y décrit le travail de ces humbles artisans aux mains d’or, Vincendon le luthier dont le père de Bernard Clavel conservera religieusement les outils, le père Seguin, cordonnier à l’échoppe qui exhalait des odeurs enivrantes de colle qui chauffait au bain-marie et des cuirs qui trempaient. Le jour où Nini la fille des Seguin, leur parle du Groenland, Bernard Clavel se souvient : « Dès ce jour, ce fut comme si j’avais commencé à préparer mon sac à dos ». Les souvenirs comme le départ sur le Pourquoi pas ? du commandant Charcot du fils Victor, se recomposent et se combinent pour déboucher un jour sur L'Homme du Labrador. « Par nature, par instinct, nous confie-t-il, je me sentais déjà du nord ». Bien sûr, dans ses souvenirs, on retrouve la tante Léa et l’oncle Charles, « ce vieux baroudeur qui avait connu les campagnes d’Afrique et d’Extrême-Orient », héros de son roman Quand j'étais capitaine.

    Tous ces récits, la fin tragique de la mère Magnin, les balades dans la vieille auto de la mère Broquin, les amis cheminots de son père, vont s’imprégner dans la mémoire du jeune homme, ‘oubliés’, endormis mais qui alimenteront peu à peu son imaginaire. Bernard Clavel « profitait de leurs propos ». Il vivait avec eux leur vie simple, parfois leurs aventures, « c’est ainsi que je devais me rendre jusqu’à Istanbul dès l’âge de cinq ans à travers les récits d’un autre cheminot : le père Tonin ». Il lui suffisait d’un chêne étêté qui devenait navire de haute mer et il était « tour à tour Christophe Colomb, Vasco de Gama ou Charcot », Robinson Crusoé parfois quand « mon bateau se muait en île ».


    Bruegel, 1562

    Ce vieux chêne qu’il ne soumet à un sévère élagage que sur injonction de son père, a des airs de famille avec L’Arbre qui chante. C’est aussi cette absence de livres chez lui qui l’a marqué, et il se demande « si tous les enfants qui ont vécu leurs jeunes années dans une maison sans livres sont, comme je l’ai été, fascinés par la chose imprimée ». Il gardera des impressions profondes, rémanentes, des impressions de peintre avec ces reproductions de Bosch et de Pieter Bruegel dont ils retrouvent certains traits dans le visage de cette folle entrevue un jour en gare de Chaussin. En peinture, c’est sa tante Léa qui fut son initiatrice, l’aidant à développer ses dons naturels pour le dessin, lui présentant Delbosco, un voisin peintre.


    Vue du lac Léman

    À travers les menues distractions qui étaient autant de petits bonheurs, la joie de la retraite aux flambeaux, titre d’un de ses romans, se dessine L'Hercule sur la place qui doit ressembler à son oncle Paul, coiffeur à Dole. Dole, la ville de sa mère où il allait voir la maison natale de Pasteur et, sur le belvédère, admirer le panorama. Un jour de balade, il découvre, béat, le lac Léman dont il écrira Les Légendes. Nostalgie de l’almanach, nostalgie des textes de Roland Dorgelès, « des bonheurs d’enfants qui peuvent déboucher sur de belles joies d’homme », des extraits de Maria Chapdelaine, « de la neige, de la glace… nous parlions du Canada comme d’un paradis », avant-goût du Le Royaume du Nord. Des quelques livres entrés parcimonieusement chez lui, il dira « c’est d’eux que me vient l’essentiel de ce qui a nourri mes romans ».

    Les souvenirs plus récents, c’est le temps de La Grande Patience, l’apprentissage à Dole chez un pâtissier « qui était une brute », c’est le temps des années noires que son ami Jean Guéhenno a si bien décrit dans son Journal, la montée du nazisme et la guerre. « Les hommes sérieux murmuraient, écrit-il. Tout ça ne sent pas bon. Ces nazis sont en train de nous préparer de grands malheurs ». Les Grands Malheurs, titre de son dernier roman.
    Les Petits Bonheurs, c’est tout ça, les histoires, la vie quotidienne, les émotions qui l’ont marqué où l’on retrouve toute son iconographie, c’est d’abord une incursion dans ce qu’il appelait « sa géographie sentimentale ».

    3- Écrit sur la neige 

    Ce livre où Bernard Clavel égrène ses souvenirs, ce qui a fait sa vie et nourri son œuvre, est né d’une série d’interviews recueillis par le journaliste Maurice Chavardès. Il y développe ses conceptions, disant qu'il écrit « pour communiquer mes émotions à mes semblables et pour en provoquer le renouvellement, » que ce métier requiert de la patience pour l'apprendre mais que « ne deviendra romancier que celui qui est né romancier : c'est-à-dire celui qui porte en lui un monde et le désir profond de l'animer. »

    Brueghel : La Tour de Babel

    Il y évoque son enfance, son univers à Lons-le-Saunier avec ses parents, tout ce qui a disparu depuis, démoli, le jardin bétonné, saccageant ses souvenirs, qu’il ressent comme une blessure. Il revoit ces petits riens qui affleurent à sa mémoire comme la lampe pigeon de sa mère. Il voudrait retrouver les crépuscules d’hiver, le silence qui accompagne cette fuite de la lumière, « il imprégnait les âmes et ce qui pénètre ainsi une âme d’enfant peut à jamais colorer l’existence d’un homme. » Il était alors un rêveur invétéré.

    Il y eut d’abord la peinture, cadeau de la tante Léa qui sera son initiatrice. Puis il rencontra à Lons-le-Saunier près de chez lui Roland Delbosco, un peintre-poète qui lui inocule le virus, lui fit découvrir le Rhône à Vernaison où il s’établit pour plusieurs années. Le Rhône, ce fleuve qui hante nombre de ses romans, de Pirates du Rhône jusqu’à La Table du roi. Vernaison [2] est une étape essentielle, il s’y est marié, ses enfants y sont nés, là-bas il s’est colleté à la peinture puis à l’écriture. Là-bas, il fait la connaissance d’un amateur d’art Louis Mouterde chez qui il découvre la peinture de l’école lyonnaise. Ses goûts le portent aussi vers les impressionnistes et la peinture hollandaise, pays où il aime se rendre pour visiter les musées, surtout Rembrandt et Bruegel, le peintre qui l'a le plus marqué dans sa jeunesse.

    Bernard Clavel n’aime pas évoquer le contexte de ses romans et des aspects biographiques qu’ils contiennent, « Parler de moi m’agace très vite » dit-il. Sur le métier d’écrivain, ou plutôt ce que « l’individu porte au plus secret de son être sensible », il sait pour l’avoir vécu que « tout vient de la vie », de ce que l’écrivain engrange de 'matière première', expériences faites d’événements et de sensations. « L’art est fait d’impulsions mises en forme. »


    Salins-les-Bains

    Généralement, ses œuvres il les porte longtemps, les laisse mûrir puis s’y invertit totalement jusqu’à oublier le présent et délaisser ses proches. Même s’il y répugne, il évoque la genèse de La Saison des loups, sa visite à Salins-les-Bains et le choc quand il découvre cette guerre oubliée quand la Franche-Comté, humiliée et dévastée, devient française, comment ses personnages l’ont amené à donner une suite à ce premier volume dans La Lumière du lac.
    À la question de savoir s’il est un intellectuel, Bernard Clavel répond qu’un homme doit pouvoir changer de métier, lui se verrait plutôt menuisier ou charpentier. Sa vocation, même s’il n’aime guère ce mot, il l’a considère comme un 'bouillon de culture' : « Je suis né sensible, j’ai été élevé par une mère qui l’était, par un père secret… notre entourage d’artisans raconteurs d’histoires m’a impressionné. » Petit, on l’accusait de mentir alors que, dit-il, il ne faisait que « raconter des histoires. »

     Son engagement s’est fait peu à peu, de façon naturelle, l’amenant à défendre un humanisme basé sur la sauvegarde de l’homme et de la nature, le recours à la non-violence. Pour lui, « un fleuve, une terre, un vignoble, des forêts sont tellement liés à l’existence de l’homme qu’il me paraît impossible que l’humanité oublie ce lien sans courir à sa perte. » Engagement pour l’écologie et les enfants martyrs, engagement contre l’État guerrier et marchand d’armes. Engagement aussi dans l’affaire Jean-Marie Deveaux ou l’affaire Buffet-Bontemps contre la peine de mort, contre les pratiques policières, l’impéritie de la justice et du système pénitentiaire. C’est un homme en colère qui fustige policiers et magistrats indifférents ou trop répressifs.

    Tant que l’injustice sévira jusqu’aux plus hauts degrés de l’État, le problème de la délinquance restera entier. Mais il continuera malgré tout à se battre contre la violence et la haine. « Ma vie est plantée de jalons en forme de clefs », confie-t-il à son interlocuteur. Sa rencontre avec Louis Lecoin en est un. Il écrit dans ses revues Liberté et Défense de l’homme, il participe avec lui à son combat pour le statut d’objecteur de conscience. Son pacifisme remonte à cette nuit d’août 1944, nuit de torture d’un pauvre type qui lui laisse dans la bouche un goût de fiel. C’est le souvenir de cette nuit qu’il utilisera dans L'Espagnol pour peindre une scène semblable. Mais le petit garçon jouait à la guerre et creusait une tranchée dans le jardin de son père : épisode qu’il rappelle à plusieurs reprises et reprend dans son roman Quand j'étais capitaine. Sa rencontre avec le père Maurice Lelong devait aussi l’influencer, évoquant ensemble Romain Rolland, défendant les insoumis et luttant contre la guerre d’Algérie.

                   
    Banque des céréales                                   Marche de la paix

    Son rejet de la guerre l’amène à publier Le Silence des armes, puis sa Lettre à un képi blanc. Il aura d’ailleurs l’occasion de rencontrer son contradicteur le caporal Mac Seale, « ouvert au dialogue, intelligent, et qui avait fort bien compris mon livre. » Hasard de la vie, il retrouve en Allemagne Hans Balzer, soldat allemand qui pendant l’hiver 1942-43 se trouvait comme lui à la prison de Carcassonne. Immense émotion, surtout quand ils visitent Buchenwald et parlent de leur admiration pour Romain Rolland.

    Son engagement, c’est aussi sauver les enfants à travers l’association Terre des Hommes et du livre Le Massacre des innocents qu’il écrit à son profit. Avec Claude Mossé et les medias suisses, il se bat pour les enfants du Bengale, se rend sur place et se bat pour acheminer le maximum de vivres. Il y a certes la violence individuelle, Bernard Clavel sait combien il est facile d’y succomber, combien aussi des jeunes comme les héros de son roman Malataverne peuvent en être victimes, mais la violence d’État est encore la plus pernicieuse. Pour lui, l’arme absolue est la non-violence, la seule utilisable « sans enfreindre aucune loi morale. » [8]

    Sur le plan littéraire, il reconnaît lire peu de romans et, en matière d’influence note son ami et biographe Michel Ragon, « le rapprochement de tant d’auteurs (une dizaine) signifie qu’en réalité, il ne ressemble à personne. » Le jour où il démissionne de l’Académie Goncourt, il skie dans le Jura avec des amis, « la vraie vie », entre partage et amitié, « nous écrivons toujours sur la neige, note-t-il, le tout est de savoir à quelle heure se lèvera la tempête. »

    Les décorations et les prix littéraires ne l’ont jamais intéressé, même s’il a obtenu le prix Goncourt dans des conditions assez rocambolesques auxquelles il est resté totalement étranger. Même s’il a obtenu de nombreux prix, il les juge plus néfastes qu’utiles. Ce qui l’a le plus marqué – et beaucoup aidé – ce sont les rencontres, ses premiers amis avec Delbosco qui, de fil en aiguille, vont lui permettre de devenir l’ami d’écrivains comme Hervé Bazin, Armand Lanoux, Roland Dorgelès, puis Jean Giono et Marcel Aymé. Ses livres lui valent l’amitié de philosophes comme Gaston Bachelard et Gabriel Marcel. Il se montre très critique envers les critiques, dénonçant le côté élitiste ou réactionnel de beaucoup d’entre eux. Mais il pense surtout à d’autres rencontres comme celle de Frédéric Ditis des Éditions J’ai lu ou avec le peintre Jean-François Reymond qui débouchera sur la publication du livre Bonlieu ou le silence des Nymphes.

    Lors de ses débuts, Bernard Clavel a beaucoup travaillé pour la radio, excellent apprentissage pour lui à Radio-Lyon. S’il est déçu par les deux adaptations au cinéma (Le Tonnerre de Dieu et Le Voyage du père), il s’enthousiasme pour la télévision et participe à l’adaptation de plusieurs de ses œuvres.


    Biodiversité

    Il a également beaucoup écrit pour la jeunesse car dit-il, « quel bonheur de retrouver un moment de sa propre enfance, rechercher ses propres sources d’émerveillement. » Mais il est difficile de traiter de la réalité en édulcorant les côtés les plus négatifs, en évitant toute violence, à promouvoir de nobles sentiments tels que « la droiture et l’honnêteté » sans pour autant bêtifier.
    Si l’attitude de l’Église l’a souvent agacé, si sa recherche de Dieu a toujours été difficile, il a réussi à retrouver la foi. Avec l’âge, il lui semble peu à peu apprivoiser la mort, vouloir une mort plutôt lente avec laquelle il puisse se confronter mais, dans les cas extrêmes, être favorable à l’euthanasie.

    Á propos de la Franche-Comté et de ses nombreux déménagements, il admet « être un déraciné » et que c’est un constat très « démoralisant ». Ceci l’amène à développer l’un de ses thèmes favoris : l’écologie, la culture biologique, la défense de la planète et de la biodiversité. C’est aussi le cas précise-t-il pour le Jura où il s’était installé plusieurs années dans le village de Château-Chalon près de Lons-le-Saunier, [5] pollué par l’urbanisation et le tourisme. Pourtant, il pense déjà à l’époque, en 1977, à revenir près de ses racines, « l’essentiel serait seulement que je puisse m’en rapprocher le plus possible. » Il réalisera cette aspiration en 2002 lorsqu’il s’installera dans la commune de Courmangoux [6] dans le Revermont bressan, avant que tout soit remis en cause par la maladie [7] et qu'il décède le 5 octobre 2010 à La Motte Sevolex en Savoie..

    Notes et références
    [1]
    Les liens renvoient à mes articles wikipedia

    [2] Voir ma fiche Bernard Clavel entre Lyon et Vernaison
    [3] Voir par exemple, Achille le singe, Akita chien fidèle (pocket junior j372), La Louve de Noirmont (pocket junior j559), La Chienne Tempête (pocket junior j449), Wang, chat tigre (kid pocket j381)
    [4] Légendes des lacs et des rivières, Légendes de la mer, Légendes des montagnes et des forêts, Contes et légendes du bordelais, Poèmes et comptines.
    [5] Voir Bernard Clavel à Château-Chalon
    [6] Voir ma fiche Bernard Clavel à Courmangoux
    [7] Note de l'auteur
    [8] Voir mon article sur les combats de Bernard Clavel intitulé Droits de l'homme

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