lundi 15 mars 2021

Clavel, Lyon et le Rhône

Je te cherche vieux Rhône : Livre dédié à ses amis de Vernaison, les Pirates du Rhône :« Je dédie ce livre à la mémoire de Paul Beaupoux et de Jo Revolat... de Charles Vachon et à tous les charpentiers de bateaux, à Josiane Olivier et à tous les bateliers meurtris, à René Portier et à tous les sauveteurs de la vallée... » [1]

       
Bernard Clavel à Lyon, avec en fond le Rhône et l'ancien Hôtel-Dieu

Vernaison, 45 rue du Port Perret : c'est là que Bernard Clavel a résidé pendant plusieurs années, avant de déménager un peu plus tard à la Croix Meunier, s'installant un peu à l'écart de ce village situé au sud de Lyon, peu de temps après son mariage, avec sa famille, sa femme Andrée et bientôt son premier garçon. [2]
Vernaison, c'est un ami de Lons-le-Saunier, le peintre Delbosco qui lui fit connaître ce village situé sur la rive droite du Rhône, ce fleuve qui marqua son enfance et devint pour lui quasiment mythique.


Entre le fleuve et lui, c'est un coup de foudre qu'il avait eu quelques années plus tôt quand il était venu à Lyon avec son père pour retrouver un camarade qu'il avait connu pendant son service militaire. La première rencontre, c'est ce fleuve furieux venant claquer rageusement contre les piles du pont de la Guillotière qui donne accès à la place Bellecour, un beau pont romain en pierre, démoli depuis. 
Il y reviendra à l'occasion de visite à sa tante et son oncle qui habitaient non loin de là, sur le cours Gambetta et, plus tard, quand il sera pâtissier au Prince d’Orange.

Il faut dire que le Rhône n'était pas encore entravé par de nombreux barrages qui allaient peu à peu le dénaturer. C'était un fleuve vivant, gros lors de la fonte des neiges, à son étiage à la fin de l'été, avec ses nombreux pêcheurs et mariniers, les jouteurs qui se mesuraient aux beaux jours le long du fleuve où beaucoup de villages avaient leur société de joutes et de sauvetage, surtout entre Lyon et Givors. [3]

         
La batellerie                     Les joutes à Serrières-sur-Rhône Quai Jules Roche 

Il se servira de cette expérience dans son roman Le tambour du bief, transposée non sur le Rhône mais sur le Doubs. Tout au long de sa carrière d'écrivain, il s'en servira de nouveau dans des romans comme La Révolte à deux sous pour Lyon et
Pirates du Rhône, (avec Gilbert le peintre qui lui ressemble) Le Seigneur du fleuve, La Guinguette, Brutus et La Table du roi. [4]

Le costaud qu'il était avait tout de suite été fasciné par cette vie foisonnante où l'on se retrouvait dans les bars de marinier et les guinguettes, adhérant rapidement à la société de sauvetage. Ce passionné avait découvert une nouvelle passion et un univers où il se sentait bien. À Vernaison, il s'escrima à représenter toutes les nuances et reflets de l'eau dans sa peinture mais le Rhône ne se laissait pas saisir dans toute sa complexité, changeant et fuyant comme une anguille qui passe entre les mailles de son palette.
« À Vernaison, a-t-il écrit, se trouvait un atelier où je travaillais le bois. Je rabotais avec un outil qui me vient de mon père, lequel le tenait de Vincendon... Dans cet atelier, j'ai été heureux. ». [5]

    
Vernaison La croix du meunier 1951                 Entre ciel et terre

Mais la réalité va le rattraper, il aura bientôt trois garçons à nourrir,il jonglait entre le travail nécessaire à la subsistance quotidienne et le temps qu'il consacrait à la peinture puis ensuite à l'écriture. Des tableaux, il n'en vendait pas, obligé de travailler à Lyon à la Sécurité Société  puis comme rédacteur juridique, cultivant en même temps son jardin. Par la suite, il deviendra relieur puis en 1958, correcteur au journal Le Progrès la nuit, écrivant le jour.  
Une vie intenable qu'il a racontée dans son roman L'ouvrier de la nuit, sous-titré "le malheur d'être écrivain".

    
      Paysage à l'étang, 1948                    Coups de soleil sur le Rhône, 1948

Il fit aussi de la radio, écrivaint pièces et adaptations radiophoniques en plus de ses romans. Il rentrait en train à Vernaison, descendant à la petite gare le long du Rhône, complètement épuisé. C'est son ami médecin et écrivain  Jean Reverzy, l'auteur de Passages, qui lui fit prendre conscience de son état psycho physiologique (on parlerait aujourd'hui de "burn out") et qu'en 1964, son éditeur, conscient de sa situation, lui alloue une modeste mensualité.

Le Rhône et la Géographie sentimentale de Clavel

« J'ai vécu quinze ans sur les rives du Rhône, a-t-il écrit, partageant l'existence des pirates, des mariniers, des sauveteurs. Avec eux, j'ai appris à aimer le fleuve, et c'est lui qui m'a le premier, donné envie de raconter des histoires. »

Il fait sienne cette citation empruntée à Jean Giono : « Un fleuve est un personnage, avec ses rages et ses amours, sa force, son dieu hasard, ses maladies, sa faim d’aventures. »
Pour lui, ce fleuve est un être vivant, personnage essentiel de certains de ses romans comme Pirates du Rhône, Le Seigneur du fleuve ou La Table du roi. Il le décrit en disant : « je l’ai  emporté avec moi, comme j’ai partout emporté la terre de mon Jura natal. » C’est sa fidélité, ce qu’il appelle sa géographie sentimentale.

Pour lui, le Rhône naît à Lyon,  « la cité des soies, des patenôtres et des brumes »,  au pied du pont de La Guillotière, à une époque où les longues rigues (les files de bateaux) étaient chargées pour la décize (descente du fleuve). Un temps où le fleuve n’était pas domestiqué avec ses lônes parsemées de vorgines, ces zones faites de terre et d’eau, de buissons, d’une végétation enchevêtrée. [6]


Vernaison près du parc Bernard Clavel : vues sur la lône Jaricot et la lône Ciselande

On y trouvait ses copains du bord de l’eau, « les pirates au visage d’ombre, » Portier pilote et force de la nature, un « Seigneur du fleuve, » Revolat le champion de joutes, les sauveteurs-jouteurs de l’Union marinière ou Beaupoux l’infirmier qui s’occupe aussi des sauveteurs. « Il est des êtres tels qu’il faudrait qu’un romancier fût d’un orgueil dément pour espérer créer plus beau, plus fort, plus éloquent. »

On y trouve aussi mademoiselle Marthouret, pivot de la batellerie à Serrières-sur-Rhône, le musée de la Chapelle des mariniers avec ses croix placées à la proue des bateaux avant l’arrivée de la marine à vapeur, les croix sculptées qu’il évoque à la fin de son roman Brutus. Ce musée, il l’a également  beaucoup visité « par le rêve endormi ou éveillé, c’est des milliers de fois que j’ai fait le voyage. »

         
Serrières-sur-Rhône : Croix des mariniers et  Musée des mariniers

Dans sa géographie personnelle, le Rhône est impersonnel, celui qu’il a gardé dans sa tête, celui qui lui a donné l’envie de peindre puis d’écrire, ce qui lui fait dire : «  Ce n’est pas uniquement dans le lit qu’ils se sont creusé que coulent les fleuves, c’est en nous. Tout au fond de nous, douloureusement. Merveilleusement. »

Contemplant les dégâts du progrès sur le fleuve et son environnement, il constate que « l’homme est un modeleur de l’univers. » Mais les temps changent et les réhabilitations aideront la vorgine a repousser. Bernard Clavel est déchiré entre les agressions que subit la nature et les avantages du progrès technique. Sans perdre toutefois son optimisme : « Le Rhône, il a sa force en lui, disait son ami Beaupoux. Elle peut dormir des années ou des siècles… mais elle finira toujours par resurgir. »

Notes et références
[1] Album paru sous le titre Le Rhône ou les métamorphoses d’un Dieu, Éditions Hachette Littérature, photos de son fils Yves-André David en 1979, repris sous le titre Je te cherche vieux Rhône, aux Éditions Actes Sud, en 1984
[2] Il écrira sur cette période : « Je revois mes enfants tout petits, sans gâteries ni vacances de soleil car nous étions pauvres. Je revoit ma femme tapant le manuscrit sur une antique machine prêtée par le menuisier du village, mon ami Vachon, qui croyait en moi. »
[3] Différence entre méthodes lyonnaise et givordine : lors du croisement des bateaux, les lyonnais se croisent à gauche tandis que les givordins se croisent à droite, ceci modifiant sensiblement l'équilibre du jouteur sur le tabagnon.
[4] On peut également citer pour Lyon L'Homme du labrador, Le Voyage du père, L'hercule sur la place, Qui m'importe (tonnerre), pour le Rhône Le cavalier du Baïkal,
[5] Sur Vincendon et le bois, voir ses 2 ouvrages Arbre et Célébration du bois
[6] Clavel la décrira ainsi :« La vorgine... est cette partie des rives où la terre et l'eau se mêlent, où poussent les saules têtards, les peupliers, les ronces, les roseaux, les joncs et bien d'autres plantes. »

Mes fiches Clavel sur Lyon et le Rhône :
Bernard Clavel entre Lyon et Vernaison -- Pirates du Rhône --
Autres :
Clavel et le Rhône -- La vallée de la chimie --

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<< Ch. Broussas, Clavel, Lyon-Rhône 01/03/2021 © • cjb • © >
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lundi 18 mars 2019

Bernard Clavel, Portrait rimé

          
Lyon, place Carnot (L'Hercule sur la place) et quai Romain Rolland où il a habité

Larges épaules et impression de force
Qui se dégage de son large torse,
De toute son imposante carcasse

Qui rappelle "L'Hercule sur la place".
Des sourires d'une immense tendresse,
De larges mains prodigues en caresses,
Une douceur de toute sa personne
Dans un curieux contraste qui étonne.


Sur la route qui va de Lons à Dole
Puis à la rencontre de "L'Espagnol",
"Les pirates du Rhône", délogés,
Vont s'inviter à "La Table du roi".
Ici, là ou ailleurs, "combien de fois
Demande-t-on, a-t-il déménagé ?"
C'est ici qu'il s'est posé un beau jour,
Ici à Courmangoux près de chez lui
Comme pour capter le temps qui s'enfuit,
Décrire l'ultime boucle du retour.

Il parle des gens qui ont des vies simples,
Conte la vie paisible des plus humbles
Parfois prise dans le piège des guerres,
Prisonniers de rêves totalitaires;
C'est ainsi que vivent ses personnages
Qu'il accompagne à travers les âges,
A travers les tracas, "Les Grands malheurs";
Comment ne pas être "l'homme en colère"
Même si au fond de lui il espère
Que vont revenir "les petits bonheurs" ?

Inlassablement, il a fustigé
"Le Massacre des innocents", plaidé
pour la paix et "Le Silence des armes",
Que les mères ne versent plus de larmes.
Inlassablement, il a dénoncé
Ce qui saccage, qui abîme l'homme,
Le salit, "Un Cargo pour l'enfer", comme

"Le Carcajou" chassé de ses contrées.

Que peut bien peser notre présent
Contre la prégnance du souvenir,
Que peut signifier ce qu'on ressent
Quand se brouillent les rêves d'avenir ?
Reste le souci des mots ciselés,
La musique des phrases modelées,
Sa lutte constante, cette tension
Que lui dictait son goût de perfection.

         
Lons-le-Saunier (où il est né) Les arcades et Dole, collégiale et canal

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<< Christian Broussas • BC Portrait © CJB  ° 18/03/ 2019  >>
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samedi 18 août 2018

Le Carcajou à La Courbatière

        

« Il m'arrive de ne plus savoir très bien où s'arrête la vérité, où commence la fiction. » Bernard Clavel

Que de clameurs dans ce pays pourtant tranquille,
Que d'effervescence depuis peu, dans nos villes
Et nos villages, on discute à n'en plus finir
De cet étrange animal qu'on a cru voir fuir
A la tombée du jour, plonger dans des fourrés,
Disparaître dans le dédale des halliers.


Les femmes en glosent, réunies sur la grand'place,
Attendant la camionnette du boulanger,
Les hommes ont décidé d'aller suivre sa trace,

Se déployant dans les bois de la Verjonnière,
Tirant les chiens nerveux qui hument les fougères,
Inquiets et méfiants, à l'affût du danger.


Une rumeur se mit à enfler sans raison,
A déferler dans tous les hameaux du canton :
Pensez donc ! Une bête sauvage, immonde,
Sûrement importée par un sacré luron,
Passager clandestin venu du
Nouveau monde
Rôdant depuis quelques temps autour des maisons.

Mais ici règne une autre bête, du mont Myon
A Coligny jusqu'aux confins du Revermont,
Une bête qui vit au coeur de la forêt,
Secrète, protégée par de hautes futaies,
Animal victime de bien des médisances
Dont seule la forte odeur trahit la présence.

Lors, le dahu si redouté dans les chaumières,
A regret, le dahu a quitté sa tanière
Et s'est mis en chasse de ce nouveau venu
Pour bouter hors de ses terres ce malotru,
Le nez au vent à rechercher le carcajou
Un peu partout dans les sentiers de Courmangoux.

Entre les deux bêtes, le combat fut brutal,
Un énorme pugilat, une rude guerre,
Le fracas du duel courut de val en val,
Ils roulèrent à terre et s'entredéchirèrent,
L'onde de choc se propagea jusqu'à Roissiat,
S'engouffra dans les ruelles de Chevignat.

Après tant de remue-ménage et de chahut,
Plus personne au pays ne revit le dahu
Et pas davantage le fameux carcajou
Qui aurait illico regagné son igloo.
Mais on dit aussi qu'il passe par les chatières
Hanter la nuit les maisons de La Courbatière.

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<< Christian Broussas • BC Carcajou © CJB  ° 18/08/ 2018  >>
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vendredi 8 décembre 2017

Bernard Clavel Conférence à Courmangoux

Bernard Clavel à Courmangoux : sa vie et son œuvre 

      À la bibliothèque Bernard Clavel

L’article sur le site de la bibliothèque de Courmangoux :
Samedi 11 avril 2015 : succès de l’intervention de Christian Broussas spécialiste incontesté de Bernard Clavel

Quel autre endroit semblait le mieux approprié pour parler de Clavel que...la bibliothèque Bernard Clavel de Courmangoux ? C’est ce qu’a pensé Christian Broussas en proposant d’y animer une conférence sur la vie et l’œuvre de cet auteur qui a habité à Courmangoux, au hameau de la Courbatière, où il a écrit ses derniers ouvrages, "La Table du Roi" et "Les Grands Malheurs", ainsi qu’un livre illustré sur l’hiver.

  Mes articles édités chez Wikipedia

Bernard Clavel aimait à dire : « je suis né dans une maison sans livres », soulignant ainsi l’importance des bibliothèques, surtout dans le milieu scolaire et rural, afin que chacun ait accès à la culture. Et l’une de ses dernières grandes joies a été d’apprendre, dans sa maison de retraite de La Motte Servolex en Savoie, que dans le dernier village où il avait vécu et écrit, s’était créée une bibliothèque portant son nom.
 
        
Photos prises pendant la conférence


L'article de La voix de l'Ain


En complément
* Sur la conférence : Programme général de l'intervention --
* Sur la conférence : Panorama et Portraits croisés --

* Sur le site "Sur les pas des écrivains" : Bernard Clavel à Courmangoux --
* Essai biographique : Bernard Clavel et ses thèmes --
* l'affiche de la conférence :  Affiche_Broussas_Clavel --


<< Christian Broussas – Conf. Clavel - 25/11/2017 -© • cjb • © >>

Résonance

                     
                         Oh, comme ta voix résonne encore Bernard
                 Pour faire la nique à tous ces sacrés connards
                 De va t’en guerre que toujours tu dénonçais
                 À grands coups de gueule, d’articles et de procès,
                 Que dans ta vie, tu n’as cessé de fustiger
                 Aux côtés de Lecoin ou de Claude Mossé.
 

                        Oh, comme elle est encore d’actualité
                  Cette lutte que sans faillir tu as menée,  
                  Ta détermination et ta saine colère,
                  Pour aider à sauver les enfants de la terre.
                  Elle fait écho, bien au-delà de la combe,
                  Au terrible incendie visible jusqu’en Dombes,
                  Montrant Le Grand Brûle et ses poutres consumées,
                  D’un Juillet rouge saignant au cœur de l’été.


                        Oh, ta forte voix pourra résonner longtemps
                  Pour défier la folie des hommes et des temps,  
                  Même si l’encre séchée laisse peu de traces,
                  Même si la résonance se perd dans l’espace,
                  Tu resteras un exemple d’humanité
                  Au cœur pris entre le chagrin et la pitié,
                  Il y aura toujours ta petite musique
                  Venant en contrepoint d'une violence inique.

                        Amis, écoutez bien ses Paroles de paix
                  Qui portent jusqu’au monument du Chevalet,
                  Elles s’élèveront au-dessus de Plain-Champ
                  Et s’en iront au loin, portées par les vents,
                  Pour dénoncer Le massacre des innocents
                  Et clamer le droit de vivre, tout simplement.  


                    
     << •• Ch. Broussas –Résonance- 28/09/2017 © cjb © •• >>

lundi 27 novembre 2017

Bernard Clavel Panorama PPT

                            
                            
                            
                            
                            
                            
                            
                            
                            
                            
                            
                                  
                            
                            
                            
             << •• Ch. Broussas –Clavel Panorama- 24/09/2015 © cjb © •• >>

mardi 10 octobre 2017

Bernard Clavel Témoignages - 7 ans

Sept ans déjà...



Ce jeudi 5 octobre 2017, voici 7 ans que Bernard Clavel nous a quittés. C’est l’occasion du temps des souvenirs comme ces quelques témoignages qui en donnent par petites touches un portrait pointilliste.

Dans une interview à Lons Magazine datant de 1996, Bernard Clavel évoque quelques épisodes de son enfance à Lons-le-Saunier. « J’ai passé mon enfance à voir tous les cirques à Lons. Il n’y en avait jamais un sans que mon père m’y emmène. Pour deux choses : la cavalerie – il adorait les chevaux – et le trapèze – parce qu’il avait été trapéziste. » Admiration pour le sportif accompli qu’avait été son père et que, suivant ses traces, il serait aussi un jour, un athlète qui suivrait "l’hercule sur la place". [1]

Autre témoignage, celui de monsieur Thouvenod, propriétaire de la librairie des Arcades est fier de rappeler que la toute première dédicace de Clavel se soit faite chez lui, à l’époque où la librairie s’appelait encore Degrandy, du nom de la propriétaire qui la tenait alors avec son frère, M. Jannier. Daniel Thouvenot, qui aime particulièrement les récits de Bernard Clavel, raconte : « Au début de sa carrière d’écrivain, Clavel travaillait à Lyon et M. Jannier avait aimé son livre "Pirates du Rhône". Il voulait le faire venir à Lons, mais Clavel n’avait alors pas un sou : Jannier lui avait donc payé le voyage, l’hôtel, le restaurant pour faire venir ce jeune auteur encore très peu connu. »  

            
Pierre Trabaud dans Légion             Clavel pendant une interview sur Légion

Bernard Clavel, dans une archive de  l’INA datant de 1971, évoque le tournage du téléfilm Légion à Courbette et à Lons. [2] L’acte de naissance n’est qu’un morceau de papier, mais dit-il « je crois beaucoup à une chose, c’est que nous avons tous des racines et que ces racines, qui nous donnent la sève nous permettant de faire une œuvre, on ne les arrache jamais. » L’occasion pour lui de renouer avec le passé et de revenir dans son Jura natal où il va s’installer dans le village de Château-Chalon.

À Villers-le-Lac, Yves Droz se souvient de celui qu’il appelle « ami très attachant  ».
Yves Droz, c’est le témoin de la période "haut-doubiste" de Bernard Clavel à la fin des années 70. Leur rencontre, due au hasard, a débouché sur une belle amitié. « A l’époque, se souvient-il depuis son jardin du haut-Doubs à deux pas de la Suisse, je tenais l’Hôtel de France. Bernard Clavel rentrait du Canada et cherchait à s’installer dans le Haut-Doubs. Il cherchait une maison tranquille dans un lieu enneigé, c’était important pour lui. [3] Finalement, il a trouvé une vieille ferme à rénover dans le hameau du Pissoux sur la commune de Villers, à quelque 1 000 mètres d’altitude. Le temps d’effectuer les travaux de rénovation, il nous a demandé s’il pouvait loger dans notre hôtel. C’était pour moi un grand honneur ».


           
Bernard Clavel au Pissoux à Villers-le-lac dans le Doubs


« Et je n’oublie pas non plus, la découverte d’un magnifique vin jaune avec des noix et du comté, chez les Droz, à l’hôtel de France de Villers-le-Lac, dit Gilles Pudlowski, un autre ami. Je le revois, bien sûr, en Franche-Comté, skiant dans la neige au cœur du Revermont, se hasardant entre les arbres ailés de la forêt de Chaux ou lorgnant la lumière du lac, entre Morges et Saint-Saphorin, que nous explorâmes ensemble. »

 Au fil des mois passés à Villers-le-Lac, la relation entre l’hôtelier et son client est vite devenue une vraie relation amicale : « On le conseillait pour le choix des artisans : le maçon, le plombier, le menuisier… Comme on était fermés le lundi, on allait le voir à la ferme pour faire de belles balades à ski ou à pied avec nos épouses. Je me souviens d’excellents moments passés en leur compagnie ». Après Villers, la bougeotte a repris l’écrivain parti s’installer en Suisse dans les années 1981-82 : « On lui rendait régulièrement visite à d’abord à Morges en Suisse, [4] à Eygalières vers les Baux de Provence  puis à Courmangoux dans l’Ain. » [5]

             
       Bernard Clavel à Lyon                       La maison de Chateau-Chalon

Son compagnon de ski se souvient d’un « ami très attachant, de profondément humain et aussi de très farceur : il aimait beaucoup rire. » Mais ce qui a marqué le plus Yves Droz qui était aux côtés de Bernard Clavel pour son dernier au revoir, c’est l’engagement social de l’homme : « J’appréciais sa grande humanité. Beaucoup de politiques ou de syndicats ont tenté de le "récupérer" mais lui disait toujours : "Je serai toujours avec ceux qui prennent les bombes sur la gueule plutôt qu’avec ceux qui les lancent". Sa vie a été un combat humain de tous les instants. »

Voir aussi
- Témoignages 2010 -- Clavel dans le Jura --

Notes et références
[1] Voir son roman autobiographique éponyme.

[2] "Légion" est une nouvelle intégrée au recueil "L’espion aux yeux verts" dont fut tiré un téléfilm tourné en grande partie dans le petit village de Courbette situé du côté de Conliège, au sud de Lons-le-Saunier. (voir le fichier Récits et essais)
Dans cette nouvelle, un ancien légionnaire s’installe dans un petit village du Jura. Mais sa trop grande curiosité va le perdre.
[3] Qui lui évoquait sans doute le Québec dont il gardait encore la nostalgie. Sur cette nostalgie, voir son roman "L’homme du Labrador".
[4]  Morge, au bord du lac Léman, "la lumière du lac" comme il l’appelait, nom qui a son titre au tome 2 de sa saga "Les colonnes du ciel".
[5] Voir ma fiche "Bernard Clavel à Courmangoux" sur le site Sur les pas des écrivains.


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