Affichage des articles dont le libellé est Romans 90. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Romans 90. Afficher tous les articles

mercredi 1 octobre 2014

Le Soleil des morts

Le Soleil des morts est un roman de l'écrivain Bernard Clavel paru en 1998 aux éditions Albin Michel. Lors de la parution des Grands malheurs, son dernier roman, il s'exclama en parlant de sa femme Josette Pratte : « Elle m'a fait réécrire sept fois Maudit Sauvage, et deux fois Le Soleil des morts ! »
Ce roman a obtenu le Prix des Maisons de la presse en 1998.

                   

Présentation
« La gloire est le soleil des morts » - Honoré de Balzac, La Recherche de l'Absolu

Le titre Le soleil des morts est tiré d'une citation de Balzac et Clavel a également ajoutée une citation de Romain Rolland, ce pacifiste qu'il admire particulièrement : « Ce sont les braves gens qui font l'éternité des fléaux criminels dont l'humanité est martyrisée : ils les sanctifient par leur acceptation héroïque. ». Son roman est dédié à Charles Mour, oncle de Bernard Clavel, qu'il qualifie de « modèle de droiture, d'honnêteté et de dévouement. »
La conception du roman fut assez longue pour un roman de Bernard Clavel, l'auteur indiquant comme à son habitude les dates de début et de fin de sa rédaction :
Prieuré Sainte-Anne 1er juillet 1994 - Saint-Charles 1997
 
Genèse du roman
Le héros du Soleil des morts, sous le nom de Charles Lambert, c'est son oncle Charles Mour, pour le jeune Clavel, le modèle même de l'homme honnête et dévoué, qu'il fait revivre dans ce roman. Quelqu'un d'imposant, au regard magnétique qui a beaucoup impressionné l'auteur. Il lui racontait des anecdotes sur son enfance, sur la région mais curieusement, jamais sur son métier de militaire et sur la guerre, informations que cependant Bernard Clavel parvenait à grappiller quand des collègues officiers lui rendaient visite et qu'ils parlaient du Bat d’Af, de leurs campagnes du Maroc et de Tunisie ou le front pendant la Première guerre mondiale.

Sa tante, celle qu'il appelle Pauline dans le roman, a beaucoup compté, aussi férue que son mari des campagnes d'Afrique, elle en gardait un souvenir extraordinaire que Bernard Clavel a largement évoqué dans un autre de ses romans Quand j'étais capitaine ,écrit quelques années avant celui-là. Il est fasciné par le courage, l'abnégation des femmes de cette époque, Pauline bien sûr, la grand-mère de Charles qui s’est épuisée au travail pour son petit-fils, ou La Gravosse, cette femme de Bat d’Af, qui paiera de sa vie son dévouement. "La mère Duchêne" aussi, la mère de Pauline, modèle de la femme forte dont il dit que « c'est tout du bois dur avec une foutue écorce râpeuse, mais quand on arrive à aller au coeur, on trouve du chaud. Du tout chaud. » (page 247)

          
Lors de la publication de son roman en avril 1998, il en précise la signification : « Ce Soleil des Morts m'a poursuivi des années avant que je ne me décide à l'écrire. […] J’ai tenté de brosser une fresque des temps douloureux que les femmes et les hommes de notre pays ont traversés entre les lendemains de la guerre de 1870 et les années qui ont suivi celle de 1939-1945. Dédié à la mémoire de mon oncle, ce livre l’est aussi à la mémoire de tous les martyrs de la folie et de l'absurdité d'un monde en proie à la violence. »

Résumé et contenu
Charles Lambert a dix ans au début de ce XXe siècle qui va voir beaucoup d'hommes pris dans des conflits planétaires sanglants qui les dépassent. Élevé par sa grand-mère, il vit à la campagne dans une ferme du Doubs, du côté de Dole, formé à l'aune de « l'école de la république ». On y retrouve comme dans Le tambour du bief ou Les colonnes du ciel un braconnier Sébastien Thuillier, un "pays" rencontré au "Bat d'Af" en Tunisie, le Doubs et la forêt de Chaux près de Dole.

C'est dit, le jeune homme deviendra comptable mais lui pense surtout à venger la cuisante défaite de 1870 qui a vu mourir son grand-père, à prendre sa revanche sur les Prussiens et à récupérer l'Alsace et la Lorraine, les provinces perdues. Même la belle Pauline Duchêne ne parvient à lui extirper ces idées de la tête : il finit par s'engager comme simple soldat dans un bataillon d'Afrique, d'abord en Tunisie puis au Maroc.

                                         
Romain Rolland            Tranchées à Ypres 1917           Normandie 1944

C'est un costaud, homme de parole et de devoir, qui se révélera d'un courage et d'une abnégation sans pareil dans les conflits planétaires qui ont marqué cette époque. C'est là qu'on rejoint la citation de Romain Rolland qu'il a placée en épigraphe, ces gens humbles qui défendent les valeurs auxquelles ils croient fermement, le pays, les traditions,  qu'il reprend en ces termes : « Ce ne sont pas seulement des soldats qui sont ivres de gloire, c'est tout un peuple. »

Un peuple de gens modestes que Bernard Clavel aime bien au fond, déchiré qu'il est entre ces hommes qu'il respecte mais qu'il ne peut rejoindre, lui l'insoumis et l'homme de cœur qui dépeint les horreurs de la guerre comme on fait une cure de désintoxication.

Image illustrative de l'article Le Soleil des morts
Soleil noir, soleil des morts

Promu sous-lieutenant au début de la Grande Guerre, il en constate toute l'horreur, au-delà des discours belliqueux et des utopies de gloire, des mensonges des communiqués et de la censure de la presse. Après la défaite survenue en mai 1940 et l'Occupation du pays, Charles Lambert va commencer un autre combat, contre l'infamie et le déshonneur…
Avec ce roman, Le Soleil des morts, Bernard Clavel retrace l'itinéraire d'un homme de bonne volonté, décalque de son « oncle Charles », sous-officier dans les bataillons d'Afrique, les Bat d'Af, promu officier pendant la Grande guerre, et dresse un réquisitoire contre la guerre qui broie les hommes et à propos de laquelle il a écrit : « Je hais la guerre, déteste les armes, mais l'histoire de ce vieux soldat m'a hanté jusqu'à ce que je me décide à la raconter. »

Il se dresse contre cette fatalité qui n'est que celle des hommes victimes d'un nationalisme dévoyé où chaque nouvelle génération est vouée à la guerre, tuer et se faire tuer, conquérir et reconquérir encore et encore l'Alsace et la Lorraine.

On peut aussi y voir une critique sociale d'un petit peuple qui est exploité et souvent confronté à la misère, toujours à la merci d'un coup du sort ou d'un patron et dont l'engagement dans l'armée représente la stabilité et une promotion sociale, comme dans cette réflexion aux accents autobiographiques « Mon pauvre homme : charretier, comptable, soldat, sous-off, économe. Cent métiers, cent misères. » (page 172)

A propos de Le soleil des morts : aspects autobiographiques

Si Bernard Clavel a largement puisé dans la vie de son oncle Charles Mour pour écrire ce livre, il a aussi eu recours à sa propre expérience puisqu'on retrouve à plusieurs reprises la trace du neveu Julien -le Julien Dubois de La Grande patience- qui n'est autre que Bernard Clavel lui-même.
Deux narrations sont à cet égard très révélatrices :
- L'histoire du jeune Clavel, alors en vacances à Dole, qui part à la pêche avec son oncle, désobéit et manque se noyer mais finit par apitoyer  son oncle, racontée dans un récit "Au fil de l'eau" et reprise légèrement romancée dans ce roman.
- L'histoire de l'oncle victime d'une léger accident vasculaire avec paralysie du bras droit pendant plusieurs semaines, alors que c'est Clavel qui en a été victime quelques années auparavant en 1992. 

Voir aussi
* Présentation Lecture-écriture

< Christian Broussas - Soleil morts - Feyzin, 12/2009 - maj 04/2013 © cjb • © > 

La Guinguette

La Guinguette est un roman de l'écrivain Bernard Clavel paru en 1997 aux éditions Albin Michel et écrit entre les années 1992 et 1997 (Tramonet, avril 1992 - Capian, 7 avril 1997). [1]

           

Présentation générale
La Guinguette est comme le Rhône qui la fait vivre : bonasse d’ordinaire, avec des coups de gueule de temps en temps, vagues sans conséquences qui claquent parfois, mais aussi terrible dans ses fureurs soudaines qui font sortir le fleuve de son lit comme elles font sortir La Guinguette de ses gonds, « une belle force est en elle, pareille à celle du fleuve en crue que rien n’arrête mais qui ne s’énerve jamais ».

La colère des éléments déchaînés répond comme en écho à la folie des hommes. C’est un thème récurrent dans l’œuvre de Clavel, surtout le Rhône qu’il a chanté dans d’autres romans comme Brutus ou Les Roses de Verdun, un fleuve en furie dans La Révolte à deux sous ou La Table du roi.
On retrouve ici non seulement le Rhône mais aussi ce petit peuple pauvre et solidaire qu’il connaît bien, qui vit de la pêche en aval de Lyon quand le Rhône était encore sauvage et qu’il a aussi mis ne scène dans des romans comme Pirates du Rhône ou Le Seigneur du fleuve. On retrouve aussi le thème de l’engrenage de la violence, celle des hommes entraînés dans une vengeance destructrice comme dans Meurtre sur le Grandvaux ou celle de la guerre qui prépare Les Grands Malheurs.

                 

Résumé et contenu
Pour une mère comme La Guinguette, le malheur, ça se sent, ça se devine. Félicienne Marquand, surnommée La Guinguette, est inquiète, son fils n’est pas rentré depuis la veille. Avec sa stature impressionnante, elle manie la harpie de sa barque comme un fétu, mais malgré ça, l’angoisse s’installe. Et le malheur arrive avec le garde-champêtre : son fils Paul a été hospitalisé à Lyon. La Guinguette, cette force de la nature, est anéantie devant le cadavre de son fils. Ce n’est pas possible, que s’est-il passé ? Mais cette mère courage n'est pas du genre à se laisser abattre même si les premiers jours elle semble brisée par ce drame.

  La guinguette selon Van Gogh

Ses amis Constance et Honoré Fisbœuf la soutiennent comme ils peuvent. Solidarité des pauvres. Mais que faire devant une telle douleur ? Elle se sent démunie face au système policier, à ce flic Lopez qui a tabassé son fils à mort, face à la complexité de l’appareil judiciaire. L’hommage du village est à la mesure de l’estime que chacun portait à Paul Marquand, engagé dans la vie du village, membre de la société de sauvetage et des joutes nautiques.

Que faire après un tel drame, quand elle se retrouve seule ? La justice, elle y a bien pensé, et même consulté un avocat, mais les juges, les avocats, tout ça c’est un autre univers pour elle, un monde inconnu et intimidant. Comme souvent chez Bernard Clavel, la tragédie se noue, rapide et inexorable. La logique implacable de la violence se développe, s’impose comme unique solution, dénouement libérateur et fatal. Le désespoir l’a emporté, « à présent, elle n’a plus à trembler pour personne ».

Et elle se dit que c’est bon d’avoir à trembler pour quelqu’un parce que « c’est la preuve qu’on a un être à aimer ». Rien ne peut faire dévier La Guinguette de son idée : elle et ce Lopez, l’assassin de son fils, seront unis par la mort, lestés par les énormes gueuses de fonte, au fond de ce Rhône qu’elle aimait tant.

   Joute sur carte postale
Joutes nautiques                                            Joutes givordines

Références

[1] Belmont-Tramonet, commune de Savoie vers Pont-de-Beauvoisin en 1992-93et Capian  en Gironde dans le Bordelais en 1997-1998
    <<< Christian Broussas - Guinguette - Feyzin, 10/12/2009 - << © • cjb • © >>>

Le Carcajou

Le Carcajou est un roman de l'écrivain Bernard Clavel paru en 1996 aux éditions Robert Laffont (220 pages) et réédité chez Pocket en 1997 (n° 7192).

     

Présentation générale
Ce roman a été écrit sur une longue durée puisque Bernard Clavel a pris soin d'indiquer à la fin du livre ses dates de début et fin d'écriture :
Doon House, janvier 1988 - Prieuré Sainte-Anne, 17 octobre 1995

Le Carcajou est un plantigrade carnivore, variété de blaireau appelé aussi blaireau du Labrador. Son nom vient d'un mot des indiens canadiens qui signifie 'le glouton'. Animal fabuleux, mythique pour les indiens qui le craignent autant qu'ils le vénèrent.
L'histoire met en scène quatre personnages, deux couples, Mooz et sa femme Papigan, Waboos et sa femme Nika.
Elle est structurée en trois chapitres, chacun précédé d'une épigraphe :
  • Makwa : « la foret c'est encore un peu du paradis perdu ».
  • La rivière morte : « Qui change le cours des eaux peut tuer la rivière ».
  • La traque : « Un jour viendra où d'un geste lent nous disperserons toute chose ».
      
Le nord canadien        Baie d'Ungava           Barrage Daniel-Johnson
  
Résumé et contenu
Bernard Clavel a beaucoup été attiré par le Canada puisqu'il y a résidé plusieurs années, ayant épousé une québécoise, Josette Pratte, pays qui l'a inspiré à diverses reprises non seulement dans la grande fresque en six volumes Le Royaume du Nord mais aussi dans d'autres ouvrages comme L'homme du Labrador ou des livres qu'il a écrits pour la jeunesse.

Ceci est l'histoire d'indiens du Canada vivant dans le grand nord, en territoire Inuit, qui luttent pour sauvegarder leur culture contre le monde des blancs envahissant qui leur donne de quoi vivre tout en saccageant leur environnement.

Le carcajou, animal réel autant que mythique pour les Indiens, est la représentation symbolique de ce monde en rapide évolution, où justement ces évolutions arrivées avec les techniques et les machines de l'homme blanc, sont trop rapides pour être intégrées dans l'imaginaire culturel de ce peuple. Et Le Carcajou en est la représentation symbolique. Ce n'est pas l'ours, leur Frère Makwa, l'ours qui leur donne tout, sa chair, sa peau, et qui est leur ami. Le Carcajou est comme l'homme blanc, arrogant, insatiable mais « la taïga appartient à ceux qui l'aiment ».

Image illustrative de l'article Le Carcajou   Le carcajou

Mais peut-être aussi que le Carcajou a suivi Bernard Clavel après son retour du Canada jusque dans cette maison de l'Ain où il s'est retiré et qu'il rêve de retourner au Canada.

Après tant de remue-ménage et de chahu
Plus personne au pays ne revit le dahu
Et pas davantage le fameux Carcajou
Qui aurait illico regagné son igloo.
Mais on dit aussi qu'il passe par les chattières
Hanter la nuit les maisons de La Courbattière.

L'homme blanc a barré la rivière, il a construit un barrage, modifié un paysage millénaire et les équilibres écologiques de la région. Alors les animaux sont partis, les castors sont remontés encore plus au nord et Nika aura cette remarque : « plus les hommes sont nombreux au sud, plus ils construisent, plus les animaux fuient vers le nord ».
Alors se pose la question de la survie de ces hommes dans l'univers hostile du grand nord que l'homme blanc veut domestiquer.

Grand barrage canadien        Inuits du Labrador
Inuits de Nunavut

  <<< Christian Broussas - Carcajou - Feyzin, 10/12/2009 - << © • cjb • © >>>

Les Roses de Verdun

Les Roses de Verdun est un roman de l'écrivain Bernard Clavel paru en 1994 aux éditions Albin Michel et écrit entre les années 1992-93, qu'il a terminé au Prieuré Sainte-Anne en 1993 à Capian en Gironde.

    

Présentation générale
Dans le prologue, Bernard Clavel donne des indications sur la genèse de ce roman qui est plutôt un récit restitué par la plume de l’auteur : La vie de Lucien Martinon que son factotum Augustin Laubier qui l’a servi pendant plus de 30 ans, lui a conté au cours de leurs nombreuses conversations, à l’époque où Clavel habitait tout près du Rhône au sud de Lyon.

C’est un endroit qu’il a bien connu et aimé, surtout le Rhône avant qu’il ne soit domestiqué et qui a largement nourri son œuvre de Pirates du Rhône à La Guinguette puis plus tard de Brutus à La Table du roi. Il glisse à l’occasion quelques références biographiques comme le peintre qu’était aussi Bernard Clavel, quand Martinon achète un Ravier dans une vente aux enchères ou quand il dit : « La peinture, mon petit, la peinture ! Il n’y a que ça ! » C’est dans un fournil qu’ils se changent après être restés embourbés. La boulangère leur sert ensuite « une énorme omelette au lard et aux pommes de terre, avec du jambon, du fromage de Comté et un Arbois ».

    

Pour rester fidèle au récit d’Augustin Laubier, il tente de restituer son langage « sans fioritures et pourtant d’une certaine richesse » et également « de ne pas trahir sa pensée », de traduire ce mélange de dignité respectueuse et de déférence d’un domestique pour un patron qui pratique un paternalisme de bon aloi très répandu à cette époque, dont le credo était : « Dans notre monde… plus on est 'démerdard', mieux on se porte ». De son côté, Augustin Laubier trouve « que de nos jours, les domestiques ne savent plus rester à leur place ».

Dans ces rapports tempérés par une certaine distance, chacun reste sur son quant-à-soi, ce qui n’empêche nullement une certaine estime réciproque. Augustin Laubier dit de ‘Madame’ Martinon que « elle était souvent un peu raide mais moi, je suis souple ». On est loin ici, dans le type de relations que décrit Bernard Clavel, de Bertolt Brecht, de Maître Puntila et son valet Matti ou même de Diderot et de Jacques le fataliste. Augustin Laubier estime que lui et ses patrons vivent dans des mondes différents et se demande si « le vide qui (les) sépare n’est pas en train de s’élargir ».

Image illustrative de l'article Les Roses de Verdun    
Vue de Verdun                                    Hotchkiss Cabour

Résumé et contenu
Monsieur Martinon est un homme qui a réussi et passe une retraite paisible, heureuse même, dans une grande propriété située dans la vallée du Rhône au sud de Lyon. Il vit là un peu à l’écart du village où il a fait beaucoup d’envieux, en compagnie de ‘Madame’, son épouse et de deux domestiques âgés, le narrateur Augustin Laubier et sa femme Marthe.

De sa passion du vélo qui a fait sa fortune, il est passé à celle de la voiture et il est très fier de son Hotchkiss Cabour 6 cylindres de 1935 qu’il conduit encore en virtuose du volant. Un drame pourtant est venu briser cette vie si sereine : la mort de son fils Régis, tué par des Allemands en 1940. Tragédie dont ni lui ni sa femme ne se remettront malgré la présence de Claudine Vallier et de son petit-fils Paul.

Lucien Martinon, maintenant âgé et malade –le mal de Bright- a une idée fixe, une dernière volonté : aller fleurir la tombe de son fils, enterré à Aulnois du côté de Bar-le-Duc, avant que le corps soit rapatrié à Lyon. Pèlerinage et voyage mouvementé : monsieur Martinon est constamment malade et le voyage finit à VerdunAugustin Laubier sous une pluie battante, se rend au Grand Mémorial et va fleurir la tombe de quelques poilus : les roses de Verdun.
Temps abominable : au début, « il ne pleuvait pas mais d’énormes nuages de plomb traînaient leur ventre assez bas » puis peu à peu « de gros nuages noirs et lourds avançaient assez vite. Des lueurs de sang et d’or filtraient çà et là ».

La cote 34 à Verdun Tranchée à Verdun

Voyage finalement avorté : ils n’iront pas à Aulnois mais repartiront dans la voiture de leur fille Claudine Vallier dans leur maison des bords du Rhône. Au fur et à mesure que la mort approche, Lucien Martinon est assailli de remords, de ne pas s’être battu en 1914, d’avoir fabriqué des pièces, des douilles d’obus dans son usine, d’avoir tenté de ‘planquer’ son fils Régis en 1940 comme il l’avait déjà fait pendant la Grande guerre pour des amis.

Il cherche à en parler à Augustin Laubier son majordome, poilu qui a combattu à Verdun, voudrait revenir en arrière et obtenir son absolution. Mais celui-ci pourrait-il chasser de son esprit les terribles images de sauvagerie et oublier ses camarades morts au champ d’honneur ? En tout cas, il lui restera toujours fidèle car, dit-il, en toute franchise et en toute naïveté, « je respecte son souvenir et je n’admettrai jamais qu’on dise du mal de lui. »
D'où l'intérêt de la citation de son ami, l'écrivain Jean Reverzy qu'il a placée en épigraphe : « Il s'est éloigné pour toujours. Je marche encore derrière lui, sans regret d'être fait d'une substance moins durable que le temps. »

   <<< Christian Broussas - Verdun - Feyzin, 10/12/2009 - << © • cjb • © >>>

Cargo pour l'enfer

Cargo pour l'enfer est un roman de Bernard Clavel paru en 1993 aux éditions Albin Michel, puis en collection de poche aux éditions J'ai lu (ISBN 2-290-03878-4) et Pocket en 2002.

      

Présentation générale
Ce roman, qui part d'une histoire vraie, est un plaidoyer en faveur du respect de la mer, de sa faune et de sa flore, un cri d'alarme aussi de la part d'un homme qui n'a cessé de dénoncer ce genre de pratique et de nous mettre en garde contre les atteintes à l'environnement.

                

Chacun des cinq chapitres est introduit par une citation.
  • Caraïbe : « En certains lieux, à de certaines heures, regarder la mer est un poison. C'est comme, quelquefois, regarder une femme. » (Victor Hugo)
  • Les côtes d'Afrique : « Ce que les hommes appellent civilisation, c'est l'état actuel des mœurs et ce qu'ils appellent barbarie, ce sont les états antérieurs. es mœurs présentes, on les appellera barbares quand elles seront des mœurs du passé. » (Anatole France )
  • Méditerranée : « Un monde gagné pour la technique est perdu pou la liberté. » (Georges Bernanos)
  • Grand large : « Au Jugement dernier on ne pèsera que les larmes. » (Cioran)
  • Connemara : Et s'il existe une autre vie de châtiments et de félicités, il lui sera beaucoup pardonné parce qu'il a beaucoup aimé la mer. (Jean Reverzy)
Image illustrative de l'article Cargo pour l'enfer   Bateau américain USS Amphion   Bateau-cargo, 1919

Résumé et contenu
Ce cargo, le Gabbiano, qui vogue sur toutes les mers du monde semble bien inoffensif. Des Caraïbes aux côtes africaines, de la Méditerranée au Connemara, il sillonne les mers du globe avec sa cargaison. Pourtant, qui sait ce qu'il transporte réellement ? Que sont les produits enfouis au fond de ses soutes ? Même les membres de l'équipage ne semblent pas trop savoir ce qu'ils transportent. En épigraphe, on trouve cette citation de Gaston Bachelard :
« La barque de Caron va toujours aux enfers. Il n'y a pas de nautonier du bonheur. »

Pollution par marée noire en 2004  Exemple de marée noire

Mais un jour un des tonneaux éclate et une odeur suspecte se répand dans le navire, incommode l'équipage dont beaucoup de membre finissent par tomber malade. Quel est donc ce mal qui monte de la cale et qui les ronge ? Il est bien tard maintenant car plus personne ne veut entendre parler de ce bateau qui 'sent le soufre' : ni l'armateur qui a senti le vent tourner, s'est débarrassé du cargo et s'est évaporé dans la nature, ni les pays qui lui ont fermé leurs ports. Navire à la dérive, livré à lui-même et condamné à errer sans but à travers les océans.

L'opinion publique, les médias s'en mêlent et l'équipage du capitaine Bernier est condamné à errer sur l'océan en attendant qu'un port veuille bien les accueillir pour les débarrasser de la cargaison maudite. Les fûts éventrés qui reposent dans la cale dégagent leurs mortelles vapeurs, et les marins deviennent peu à peu des pestiférés à l'agonie.
L'équipage devra se battre pour faire reconnaître ses droits ou simplement pour continuer à exister.

Genèse du roman
A l'époque du naufrage du Torrey Cañon au printemps 1967, Bernard Clavel était allé se rendre compte sur place, très marqué par ce qu'il découvre alors : « C'était la première fois que je voyais des oiseaux englués en grand nombre dans la nappe de fuel. Cela avait été pour moi quelque chose d'absolument bouleversant. J'ai pleuré à ce moment-là. » Puis la colère est venue, « cette colère m'habite depuis longtemps, devant la stupidité de l'homme, devant sa passivité face à certaines choses et son agressivité face à d'autres. »

 En 1988, pendant plusieurs semaines, un cargo syrien, le Zanoobia avait erré de port en port, cherchant à débarquer des déchets dont personne ne voulait. Des marins furent intoxiqués par la cargaison qui avait posé à l'Europe le problème crucial du stockage et de l'élimination des produits dangereux pour l'environnement et la santé humaine.
Bernard Clavel, en colère contre cette situation intolérable et l'impuissance de la communauté internationale, a repris cette trame d'un drame social et a imaginé, sur un cargo qu'il appelle le Gabbiano, un équipage aux prises avec la même situation, ne sachant comment gérer cette cargaison empoisonnée et rejeté de partout, ne trouvant personne pour lui venir en aide.
« Ce qui m'intéressait le plus », précise-t-il, « c'était le drame humain, le drame de ces types qui se savent menacés. »
Il dit aussi que, pour écrire son roman, il s'est beaucoup documenté, allant jusqu' à naviguer sur un cargo, interrogeant l'équipage, prenant aussi les conseils de spécialistes pour connaître les effets des produits chimiques sur les organismes humains. 

     <<< Christian Broussas - Cargo - Feyzin, 10/12/2009 - << © • cjb • © >>>